La Cuillère d’Or : quand la gastronomie devient un tremplin pour les femmes
Le 9 novembre prochain, les cuisines de l’école Ferrandi, à Paris, accueilleront les finales de la Cuillère d’Or. Pour cette édition 2026, les candidates devront se confronter à un thème aussi vaste que technique : « Infiniment Mer ». Derrière les assiettes et les gestes précis se joue aussi un autre défi : faire davantage de place aux femmes dans les métiers de la gastronomie.

Trois heures. C’est le temps dont disposeront les finalistes pour convaincre les jurys. En cuisine, elles devront notamment travailler la moule de bouchot, la langoustine et le lieu jaune, accompagnés d’artichaut, de carottes des sables, de champagne rosé et d’algues. En pâtisserie, le chocolat, le cédrat, le champagne rosé et les algues devront trouver leur place dans une création originale.
Sept assiettes à dresser, une organisation millimétrée et aucune place pour l’improvisation. La Cuillère d’Or ne se contente pourtant pas de mesurer la technique. Depuis sa création en 2010 par Marie Sauce-Bourreau, le concours revendique une ambition particulière : mettre en lumière les talents féminins et leur permettre de gagner en confiance dans un univers où les postes les plus prestigieux restent encore largement occupés par des hommes.
Trois heures pour faire ses preuves
Dans les cuisines de Ferrandi, la compétition devrait prendre des allures de course contre la montre. Peser, découper, cuire, goûter, corriger puis dresser : chaque geste compte. Les candidates devront également faire preuve de créativité tout en respectant les contraintes imposées par le concours.
Le thème « Infiniment Mer » donne ainsi une couleur particulière à cette édition. Les produits de la mer deviennent la matière première d’un exercice qui demande autant de précision technique que d’imagination.
Mais au-delà du contenu des assiettes, le concours cherche à raconter une autre histoire : celle de femmes qui veulent prendre leur place derrière les fourneaux, dans les concours et dans les sphères de l’excellence gastronomique.
Une compétition pensée pour donner confiance

Pour Marie Sauce-Bourreau, fondatrice de la Cuillère d’Or, l’enjeu dépasse la remise d’un trophée. Le concours doit permettre aux candidates de prendre confiance en leur légitimité, de développer leur propre identité culinaire et, surtout, d’oser ensuite se confronter à des concours mixtes de haut niveau.
« La Cuillère d’Or est un espace où l’on ose enfin s’exprimer pleinement à travers sa cuisine et affirmer son talent », explique-t-elle.
Cette volonté de créer un espace exclusivement féminin peut surprendre dans un secteur où les femmes sont pourtant très présentes. Elles sont nombreuses à cuisiner, à se former et à travailler dans les restaurants. Pourtant, lorsqu’il s’agit de reconnaissance, de postes de direction, de concours prestigieux ou de médiatisation, les écarts persistent.
La Cuillère d’Or entend donc jouer le rôle de tremplin.
Des figures reconnues de la gastronomie au rendez-vous

Pour cette édition 2026, le concours s’entoure de personnalités reconnues du monde gastronomique.
La cheffe Danielle Crost, propriétaire du Castor Gourmand à Crémieu, sera présidente d’honneur. Son parcours est marqué par des expériences dans plusieurs grandes maisons et par une volonté de défendre une cuisine fondée sur la saisonnalité et la qualité des produits.
Sylvie Pion, directrice du Centre Interarmées de Soutien Restauration Loisirs du ministère des Armées, sera la marraine de cette édition. Elle insiste sur les valeurs communes entre le concours et la restauration des armées : exigence, engagement et fraternité.

Côté cuisine, le trophée sera présidé par Pierre Caillet, Meilleur Ouvrier de France et chef de la Maison Caillet, au Bec au Cauchois, en Normandie.
Pour la pâtisserie, c’est Noémie Honiat qui présidera le trophée. Passée par Top Chef et aujourd’hui jurée de La Meilleure Boulangerie de France, la pâtissière apportera son expérience de la compétition et du haut niveau.
Les jurys réuniront également plusieurs Meilleurs Ouvriers de France, chefs, pâtissiers et professionnels de la gastronomie.
L’excellence, mais aussi la transmission
C’est peut-être là que se trouve la véritable particularité de la Cuillère d’Or. Le concours ne veut pas seulement désigner une gagnante. Il cherche à créer un réseau et à favoriser la transmission.
L’objectif est que l’expérience vécue pendant la compétition puisse continuer après la finale : prendre confiance, se faire connaître, rencontrer d’autres professionnelles et, pourquoi pas, franchir ensuite les portes de concours traditionnellement mixtes.
La compétition devient alors un point de départ plutôt qu’une finalité.
Une finale qui se prolongera sous la mer
Après plusieurs heures de compétition et la remise des prix, les participantes et les invités quitteront les cuisines de Ferrandi pour rejoindre Under the Sea, un restaurant immersif imaginé par Jade Frommer et Annaïg Ferrand.
Une manière de prolonger le thème marin de cette édition dans un décor qui devrait faire écho aux créations réalisées quelques heures plus tôt par les candidates.
Le 9 novembre, les assiettes seront donc jugées sur leur goût, leur précision et leur créativité. Mais derrière chaque plat se jouera aussi une question plus large : celle de la place accordée aux femmes dans la gastronomie de haut niveau.
Car si la Cuillère d’Or veut faire émerger des talents, son véritable défi sera peut-être de faire en sorte que ces talents puissent ensuite trouver leur place dans l’ensemble du paysage gastronomique.
À Ferrandi, le 9 novembre, il ne s’agira donc pas seulement de décrocher une Cuillère d’Or. Pour les finalistes, il s’agira aussi de montrer qu’elles ont leur place à la table des grands.


