Imaginez entrer dans une boutique Chanel et réaliser, en vous approchant, que chaque pièce est taillée dans du carton ou du contreplaqué. C’est exactement ce que propose Tom Sachs avec son installation « 31 Rue Cambon », à découvrir à New York à partir du 11 septembre 2026. L’artiste new-yorkais y reconstitue la boutique mythique de la maison de couture avec une précision troublante, mais dans des matériaux bruts et de récupération.
Quand la haute couture rencontre le carton et le contreplaqué
Derrière la vitrine de cette fausse boutique, le nom de l’enseigne est tracé de façon saccadée. En s’approchant, on comprend vite que rien n’est ce qu’il semble être. Les tailleurs en tweed, les sacs matelassés et les escarpins à bride sont bien présents, mais fabriqués à partir de carton, de contreplaqué ou de Lego. Les coutures apparentes, les traces d’outils et les imperfections des matériaux ne sont pas des accidents : ils sont au cœur de la démarche artistique de Tom Sachs.
Les cintres eux-mêmes ne sont pas réels. Pourtant, ces œuvres grandeur nature, installées dans le studio de l’artiste à SoHo, flottent entre réalité et illusion. C’est précisément ce décalage qui rend l’expérience aussi déroutante qu’inoubliable pour le visiteur.
Naomi Campbell, Lady Diana et les icônes de Chanel revisitées
Deux pièces attirent particulièrement l’attention derrière la vitrine. La première, intitulée « Naomi » (2026), reproduit un tailleur en tweed emblématique de Karl Lagerfeld, celui-là même que Naomi Campbell avait porté lors du défilé Chanel haute couture automne-hiver 1995-1996. L’œuvre est réalisée en polymère synthétique sur contreplaqué, avec un support en acier et de la quincaillerie, pour des dimensions de 36 1/4 x 19 x 9 1/2 pouces.
La seconde pièce, « Diana » (2026), fait écho à l’emblématique tailleur bleu associé à Lady Diana. Ses dimensions sont légèrement différentes : 39 1/4 x 20 1/2 x 9 1/2 pouces, avec la même technique de polymère synthétique sur contreplaqué. En choisissant ces deux figures, Tom Sachs ancre son travail dans la mémoire collective de la mode, tout en la transformant radicalement par le choix des matériaux.
Un troisième objet complète l’ensemble : un petit sac à main classique (2026), fabriqué en carton, latex, graphite, plomb, chaîne en acier, lacet en polyester et pièces métalliques, pour des dimensions de 7 x 9 x 3 1/2 pouces. Chaque détail technique est ainsi documenté, comme pour souligner la rigueur artisanale qui sous-tend ce travail en apparence désinvolte.
Une série artistique qui détourne les grandes institutions
« 31 Rue Cambon » s’inscrit dans la série Gesamtkunstwerk de Tom Sachs, dans laquelle l’artiste s’empare des codes de grandes marques et institutions pour construire des environnements immersifs. Avant de s’attaquer à la haute couture, il avait ainsi reproduit l’univers de McDonald’s dans « Nutsy’s » et celui de la NASA dans « Space Program ».
Dans chacun de ces projets, la logique est la même : recréer un espace familier avec des matériaux bruts, pour en révéler les codes et les mécanismes. Avec cette nouvelle installation, c’est donc la maison Chanel qui passe sous le prisme de cette démarche critique et poétique à la fois.
- Tailleur « Naomi » (2026) : polymère synthétique sur contreplaqué, 36 1/4 x 19 x 9 1/2 pouces
- Tailleur « Diana » (2026) : polymère synthétique sur contreplaqué, 39 1/4 x 20 1/2 x 9 1/2 pouces
- Petit sac à main classique (2026) : carton, latex, graphite, plomb, chaîne en acier, lacet en polyester
- Matériaux récurrents : carton, contreplaqué, Lego, acier
- Lieu : Tom Sachs Studio, 245 Centre Street, SoHo, New York City
Informations pratiques pour visiter l’exposition à New York
L’installation est présentée au Tom Sachs Studio, 245 Centre Street, New York City, du 11 septembre au 10 octobre 2026. Le studio est implanté à SoHo, quartier historique de l’art contemporain new-yorkais, ce qui en fait une étape naturelle pour tout amateur d’art de passage dans la ville.
Tom Sachs résume lui-même sa philosophie en ces termes : le désir de consommer laisse place à l’amour de la création. Cette formule dit beaucoup sur ce que le visiteur vient chercher ici. Car face à ces pièces qui imitent les codes de la maison de couture sans jamais en reproduire le luxe, c’est bien la question du rapport à la consommation et à l’objet qui se pose, de façon concrète et sensible.




