Au sud-est de Majorque, dans la campagne de Santanyí, une finca de 330 mètres carrés propose une vision du luxe que beaucoup cherchent sans jamais vraiment la trouver. Son nom, Son Tranquil, se traduit simplement par « l’endroit tranquille » – et ce choix dit déjà tout de l’ambition du projet.
Des artisans majorquins au cœur du projet
Ce qui frappe d’abord dans cette finca, ce n’est pas son architecture. C’est la cohérence de chaque objet qu’elle abrite. Le cabinet ICAZAR Architects, en collaboration avec l’entreprise de construction Vivenda, a fait un choix rare : confier l’ameublement et la décoration à des créateurs qui vivent et travaillent sur l’île.
Car trouver des artisans et des designers majorquins capables d’interpréter l’esprit du lieu a représenté le défi le plus complexe du projet. On retrouve ainsi les meubles de Resmes, les créations d’Adriane Scarfullery, les lampes d’Alex Mestre et les sculptures lumineuses en argile du Studio Islas.
L’art suit la même logique. Le tableau de Vera Edwards habille le salon, et la photographie de la série Ikebana signée Neus Pastor s’intègre au reste. Chaque pièce devient un prolongement naturel de la maison de campagne, car rien n’a été importé pour « faire beau ».
« J’ai souvent été confronté à des projets de luxe qui ont perdu leur personnalité, devenant des symboles de statut social plutôt que des lieux conçus pour être habités. »
Un objet emblématique, étonnamment discret
Parmi tous les éléments qui composent cette finca, l’architecte Ando Schirmer cite un détail qui surprend : la table de chevet signée Resmes, dans la chambre principale. Ce choix résume bien l’esprit du lieu. La qualité se lit dans les petits gestes, pas dans les effets spectaculaires.
Le style que Schirmer définit lui-même comme « modern country » repose sur cet équilibre : rigueur architecturale d’un côté, spontanéité méditerranéenne de l’autre. Ni rustique nostalgique, ni minimalisme stérile. La formule évite les deux extrêmes avec une précision rare.
Un terrain de 15 000 m² pensé comme une contrainte positive dans cette finca
La finca s’étend sur un terrain de 15 000 mètres carrés, à proximité d’une zone naturelle protégée. Cette donnée n’est pas anecdotique. Car l’ensemble du projet a été conçu autour d’une obligation : préserver la nature existante, sans la modifier ni la soumettre à l’architecture.
La pierre qui revêt les façades provient du terrain lui-même. L’acier, la pierre naturelle et un mélange de microciment forment une palette de matériaux réduite à l’essentiel. Rien n’a été ajouté pour impressionner. Schirmer voulait « créer une maison qui donne l’impression d’être le résultat d’une restauration minutieuse d’une ancienne ruine, et non d’un bâtiment tout juste construit ».
La finca semble donc émerger du sol plutôt que d’y avoir été posée. Ce sentiment d’appartenance au lieu est précisément ce que le projet cherchait à produire – et il y parvient.
Un seul niveau, chaque pièce ouverte sur l’extérieur
La structure s’organise entièrement sur un seul niveau. Chaque pièce communique directement avec l’extérieur, car l’architecte a supprimé toute barrière entre la maison et la nature. Ce parti pris est rare dans sa mise en œuvre, même s’il est souvent mentionné dans les briefs d’architecture contemporaine.
La finca de Santanyí le réalise avec cohérence. On y circule sans jamais perdre de vue le paysage, car chaque ouverture a été positionnée pour maintenir ce lien visuel et physique avec le dehors.
Quand l’espace commun devient le vrai luxe comme avec cette finca
La finca organise sa vie sociale autour d’un grand espace commun qui regroupe le salon, la cuisine et la salle à manger. La hauteur sous plafond amplifie la perception de cet espace. Ce choix n’est pas anodin : il traduit une conception précise du luxe contemporain.
Car les résidences haut de gamme tombent souvent dans le même piège : des espaces parfaits à regarder, mais froids à habiter. Son Tranquil fait l’inverse. La convivialité fait partie intégrante de l’architecture, et l’espace commun fonctionne comme un lieu de rencontre quotidien, pas comme un décor.
La finca prouve ainsi qu’une maison de 330 mètres carrés peut rester profondément humaine. Elle séduit lentement, par la qualité de ses choix et la cohérence de ses matériaux, bien plus que par une démonstration de moyens. C’est la campagne majorquine qui donne ici la meilleure leçon d’architecture : la maison la plus réussie est celle dont on ne veut plus repartir.



