Au cœur du 8e arrondissement, le groupe LVMH prépare bien plus qu’un simple chantier. Derrière les palissades qui entourent le 103, avenue des Champs-Élysées, c’est une transformation urbaine de grande ampleur qui se dessine, et elle divise.
Deux millions d’euros pour remodeler les rues Bassano et Galilée
Le groupe de luxe dirigé par Bernard Arnault finance intégralement le réaménagement des rues Bassano et Galilée. Ces deux artères encadrent le futur méga-store Louis Vuitton et l’hôtel en construction dans l’immeuble des Champs-Élysées.
Au départ, LVMH devait simplement remettre en état la voirie abîmée par son chantier. Par ailleurs, le groupe a proposé d’aller beaucoup plus loin, en engageant deux millions d’euros pour repenser entièrement ces deux rues.
Concrètement, les trottoirs seront élargis et des arceaux vélos installés. Des bacs plantés viendront également modifier l’aspect de la chaussée, et une station Vélib’ sera déplacée plus loin.
Le vote s’est tenu lors du Conseil de Paris du 7 octobre 2026. La délibération a obtenu 91 voix pour, 52 contre et 8 abstentions.
LVMH maître d’ouvrage – une délégation qui fait débat
La Ville de Paris ne se contente pas d’accepter le financement. Elle transfère aussi à LVMH la maîtrise d’ouvrage des travaux, autrement dit la responsabilité de conduire les opérations.
Pour la majorité, Thomas Chevandier, élu socialiste, a défendu cette option en soulignant deux avantages. D’abord, elle évite de mobiliser des équipes municipales déjà très sollicitées. Ensuite, elle garantit une meilleure coordination entre le chantier du bâtiment et les travaux sur la voie publique.
Chevandier a précisé que la Ville déposerait elle-même le permis d’aménager, avec toutes ses prescriptions. En cas de non-respect par l’opérateur, les travaux devraient être entièrement refaits.
Catherine Lecuyer, maire LR du 8e arrondissement, a salué l’investissement privé tout en s’interrogeant sur la méthode. Confier la conduite totale des travaux à une entreprise privée lui semble un recul de la Ville sur son propre domaine.
Quand Louis Vuitton dessine la rue selon ses flux
C’est précisément cet angle qui a mobilisé l’opposition de gauche lors du Conseil. Sabrina Nouri, élue LFI, a pointé une contradiction révélatrice dans les documents du projet.
Le programme des travaux mentionne explicitement que l’aménagement vise à faciliter les flux des futurs usagers de l’îlot et à créer une esthétique correspondant aux commerces et hôtels haut de gamme environnants. Nouri en a tiré une conclusion directe. Paris mettrait ses rues au service de Louis Vuitton, et non l’inverse.
Du côté communiste, Adrien Tiberti a tenu une position nuancée. Son groupe souhaitait conserver les deux millions, mais en gardant la maîtrise totale du budget municipal. Il s’agissait, selon lui, d’éviter que les grandes entreprises ne se considèrent comme reines chez elles, autour de leurs propres locaux dans la ville.
- Trottoirs élargis le long des rues Bassano et Galilée
- Installation d’arceaux vélos sur les deux artères
- Bacs plantés pour modifier l’aspect visuel de la chaussée
- Déplacement d’une station Vélib’ vers un emplacement plus éloigné
- Budget total pris en charge par LVMH pour un montant de 2 millions d’euros
Le maire de Paris face à la question des conflits d’intérêts
Le débat a pris une tournure plus personnelle lorsque Émile Meunier, vice-président du groupe Verts populaires et élu du Nouveau Front populaire, a demandé au maire de Paris de se retirer des discussions. Meunier invoquait un risque de conflit d’intérêts lié à la présence du maire au défilé haute couture LVMH lors de la Fashion Week.
Le maire a répondu fermement, précisant que ces invitations n’avaient aucune valeur marchande. Il a ajouté avoir obtenu le feu vert de la commission de déontologie sur ce type de sortie publique.
Sur le fond, l’édile n’a pas caché son irritation face à une heure de débat qu’il jugeait disproportionnée. Il a rappelé que la délégation de maîtrise d’ouvrage à un acteur privé constitue une pratique courante dans la gestion urbaine.
Il a enfin retourné l’argument à l’opposition de gauche. Selon lui, faire contribuer davantage les acteurs économiques qui en ont les moyens permet précisément de financer des aménagements dans des quartiers populaires où seule la puissance publique peut intervenir. Par conséquent, les deux millions obtenus de LVMH pourraient, selon cette logique, financer une rue dans un tout autre secteur de la capitale.
Dès lors, la question posée par ce vote dépasse le seul cas des rues Bassano et Galilée. Elle interroge la manière dont Paris entend gérer, à l’avenir, les projets où ambition privée et espace commun se croisent sans toujours s’aligner.



