Certains millionnaires ont décidé d’ignorer jets privés et yachts pour adopter un symbole de statut autrement plus discret. Ces fortunes américaines s’offrent des wagons de train datant du siècle dernier, accrochés aux convois réguliers d’Amtrak.
Un train de nuit qui coûte aussi cher qu’une villa louée
Rouler en queue de convoi dans un wagon personnel, cela a un prix précis. 16 000 dollars par jour pour une voiture panoramique couplée à une voiture-lit, repas, boissons et frais Amtrak compris.
Ce tarif n’est pas celui d’un fantasme. Patrick Henry, entrepreneur de 74 ans, propose ses wagons à la location selon ces conditions. Ses clients paient donc autant qu’une croisière fluviale haut de gamme, mais sur des rails.
Terry Tomsick, avocate, a ainsi déboursé 5 500 dollars pour huit jours à bord. Elle évoque des arrêts dans de petits villages accessibles uniquement par le train, où la soirée se prolonge à quai sans contrainte horaire.
Ce que ces millionnaires ont réellement dépensé pour leurs wagons
Patrick Henry a acquis ses deux premières voitures en 2004 pour un total de 900 000 dollars, soit environ 789 000 euros. Il les a baptisées Warren R. et Evelyn Henry, du nom de ses parents.
Plus récemment, il a ajouté à sa collection une pièce datant de 1954. L’entretien annuel de ses trois wagons lui revient à 100 000 dollars, soit près de 88 000 euros chaque année.
John Paul Dejoria, milliardaire connu dans l’industrie de la tequila, possède pour sa part un wagon de 1927 baptisé le Patron Tequila Express. Cet ensemble comprend deux chambres, une salle à manger et une cuisine équipée. Sa restauration a représenté 2 millions d’euros.
Dejoria a confié à la RTBF que ce jouet est très onéreux mais que voir défiler toute l’Amérique depuis son wagon vaut largement l’investissement. Un point de vue difficile à contredire quand on examine les détails de l’expérience.
Un programme Amtrak que peu de gens connaissent
Amtrak propose officiellement ce dispositif depuis plusieurs années. La compagnie le présente comme une façon de découvrir l’Amérique du Nord autrement. En pratique, les propriétaires paient pour atteler leur véhicule personnel aux trains réguliers du réseau national.
L’opération logistique n’est pas anodine. Selon Marc Magliari, porte-parole d’Amtrak, l’attelage peut prendre jusqu’à une heure. Durant cette manœuvre, le chauffage, la climatisation, les toilettes, l’éclairage, la restauration et les prises électriques du reste du train restent coupés.
- Durée de la manœuvre d’attelage : jusqu’à une heure
- Coût de stationnement mensuel pour un wagon : 2 000 dollars
- Entretien annuel pour trois véhicules : 100 000 dollars
- Prix à la location journalière : 16 000 dollars
- Restauration du wagon Patron Tequila Express : 2 millions d’euros
Dès le 1er juin, Amtrak a retiré six villes de la liste des destinations autorisant l’attelage de wagons privés. Ce resserrement progressif pèse directement sur la viabilité du programme.
Pourquoi ces millionnaires sont de moins en moins nombreux à rouler
En 2016, le réseau comptait 125 propriétaires de wagons privés attelés aux convois Amtrak. Or ce chiffre est tombé à 38 propriétaires aujourd’hui, selon le New York Times. Cette chute illustre une réalité économique brutale.
L’explosion des coûts d’entretien des infrastructures ferroviaires a poussé Amtrak à augmenter ses tarifs. Par conséquent, plusieurs passionnés ont dû renoncer à faire rouler leur véhicule.
Borden McGahee, propriétaire d’un wagon depuis 2006, a cessé de l’utiliser en 2019. Le simple stationnement lui coûtait alors 2 000 dollars par mois. Son wagon part désormais à la location auprès d’une entreprise touristique en Géorgie.
Il regrette cette situation et précise que cet investissement visait d’abord à préserver une part de l’histoire ferroviaire américaine. Cet aspect patrimonial est pourtant celui que la hausse des tarifs efface en premier.
Un art de voyager qui appartient peut-être à une époque révolue
Ce que ces fortunes achètent n’est pas la vitesse ni le confort standardisé d’un avion. Elles achètent du temps ralenti, du paysage qui défile sans interruption, et une forme de solitude choisie en plein mouvement.
Cependant, entre la suppression de destinations, la hausse des coûts d’exploitation et le recul spectaculaire du nombre de propriétaires actifs, le programme s’érode à un rythme préoccupant. La question n’est plus de savoir si ce cercle va continuer à rétrécir, mais combien de saisons il lui reste avant de se refermer définitivement.




