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Cet artiste américain reconstitue le 31 rue Cambon de Chanel en carton et bois

Cet artiste américain reconstitue le 31 rue Cambon de Chanel en carton et bois

Imaginez entrer dans une boutique Chanel et réaliser, au bout de quelques secondes, que chaque pièce exposée est faite de carton ou de bois. C’est exactement l’expérience que propose Tom Sachs avec son installation 31 rue Cambon, visible jusqu’au 10 octobre 2026 à Manhattan.

Une boutique Chanel reconstituée pièce par pièce dans un atelier new-yorkais

L’atelier de Tom Sachs, situé au 245 Centre Street à Manhattan, a été entièrement transformé pour figurer la boutique historique de la Maison de couture à Paris. Dès l’entrée, l’illusion est soignée : auvents crème, porte ornée du double C et vitrines impeccables reproduisent fidèlement l’atmosphère d’un point de vente de la marque. Rien ne trahit, à première vue, la nature du projet.

Pourtant, l’ensemble repose sur une supercherie assumée. Les 31 tailleurs présentés dans cet espace sont taillés dans du contreplaqué, recouvert de peinture pour imiter le grain du tweed si caractéristique de la maison. Les escarpins slingback et les sacs à main iconiques sont, eux, façonnés en carton ou en bois. Chaque objet est réalisé entièrement à la main, à partir de matériaux bruts et d’objets de récupération.

Ce choix de matériaux n’est pas anodin. En remplaçant le tweed, le cuir et les finitions précieuses par des matières ordinaires, Tom Sachs interroge directement la force des codes visuels du luxe : sont-ils capables de rester immédiatement identifiables, même vidés de leur matière noble et de leur savoir-faire d’origine ? L’installation répond par l’affirmative, et c’est là que réside toute la puissance du projet.

Tom Sachs et Chanel, une relation artistique qui remonte aux années 90

Ce n’est pas la première fois que l’artiste new-yorkais s’empare de l’imaginaire de la maison pour questionner la société de consommation. Dès la fin des années 90, il avait présenté une tapette à souris logotée à l’effigie de la marque. Il avait aussi créé Chanel Guillotine (Breakfast Nook), une sculpture aujourd’hui conservée au Centre Pompidou.

Ces œuvres antérieures montrent une démarche cohérente sur plusieurs décennies. Tom Sachs ne cherche pas à parodier la maison, mais à en décortiquer les mécanismes symboliques. En détournant ses codes les plus reconnaissables, il met en lumière leur capacité à survivre à leur propre matière.

Par ailleurs, l’artiste est aussi connu pour avoir réalisé le premier projet NFT de Tiffany & Co, ce qui confirme son intérêt constant pour les grandes maisons du luxe et leurs représentations culturelles.

Ce que le visiteur peut voir et comment s’y rendre

  • L’installation est présentée dans l’atelier de Tom Sachs, entièrement remodelé pour l’occasion.
  • 31 tailleurs en contreplaqué peint sont exposés, en référence directe au tweed de la maison.
  • Les accessoires iconiques, escarpins slingback et sacs à main, sont reproduits en carton ou en bois.
  • L’entrée est libre, sans réservation mentionnée.
  • L’adresse est le 245 Centre Street, à Manhattan, New York.

L’installation se tient en marge de la Fashion Week de New York et reste accessible jusqu’au 10 octobre 2026. L’entrée est libre, ce qui en fait une occasion rare de voir de près un travail artistique qui interroge l’une des maisons de couture les plus identifiables au monde, sans débourser un centime.

Pourquoi cette installation mérite le détour

Ce que Tom Sachs réussit ici, c’est de rendre visible ce qui reste habituellement invisible : la puissance d’un logo, d’une couleur, d’une silhouette. En retirant la matière précieuse, il ne détruit pas l’image de Chanel. Au contraire, il en révèle la solidité symbolique. Le double C reste reconnaissable sur du contreplaqué comme sur du cuir verni.

Pour le visiteur, l’expérience est donc double. D’un côté, la fascination devant la précision artisanale de la reconstitution, réalisée entièrement à la main. De l’autre, une réflexion concrète sur ce qui fait qu’une marque de luxe reste une marque de luxe, même quand on lui retire tout ce qui la rend luxueuse.