Cent mille touristes qui dorment sur place, des dizaines de milliers d’autres qui débarquent le matin et repartent le soir, pour seulement 50 000 habitants dans le centre historique : la pression que subit la cité des Doges est devenue difficilement soutenable. Face à ce déséquilibre, les autorités de Venise envisagent de frapper beaucoup plus fort sur le droit d’entrée imposé aux visiteurs journaliers.
Un droit d’entrée qui pourrait tripler dès 2027
Michele Zuin, conseiller municipal chargé du budget et de la fiscalité, a ouvert le débat dans les colonnes du quotidien régional Il Gazzettino. Selon lui, le tarif actuel, compris entre 5 et 10 euros, ne remplit plus son rôle. Il est, dit-il, abordable pour pratiquement tout le monde, ce qui lui retire tout effet dissuasif. La mesure perd donc son sens premier : décourager les flux massifs lors des périodes les plus chargées.
Pour 2027, deux seuils sont évoqués. Le conseiller a mentionné qu’il était même question d’aller jusqu’à 50 euros, avant de préciser que les autorités pourraient finalement s’arrêter à un maximum de 30 euros. Ce nouveau tarif devra toutefois faire l’objet de discussions et d’un accord avec le gouvernement national avant d’être officialisé.
Par ailleurs, la période d’application serait étendue. Aujourd’hui limitée à certains jours de l’année, la taxe couvrirait une plage temporelle plus longue, afin de mieux lisser les pics de fréquentation tout au long des mois les plus touristiques.
Ce que le dispositif actuel rapporte, et ce qu’il ne règle pas
La taxe journalière a été lancée en 2024, une première à l’échelle mondiale. En 2026, elle était active certains jours entre le 3 avril et le 26 juillet, de 8 h 30 à 16 h. Sur cette période, près de 680 000 billets ont été vendus, générant plus de 5,2 millions d’euros pour les caisses de la ville.
Des exonérations existent : les enfants de moins de 14 ans en sont dispensés, et les visiteurs qui réservent à l’avance bénéficient d’un tarif réduit. Les touristes qui séjournent sur place, eux, ne sont pas concernés par ce droit d’entrée ; ils contribuent via la taxe de séjour classique.
- Tarif actuel : entre 5 et 10 euros pour les visiteurs d’un jour
- Tarif envisagé pour 2027 : jusqu’à 30 euros, voire 50 euros selon les discussions
- Recettes 2026 : plus de 5,2 millions d’euros pour environ 680 000 billets vendus
- Période d’application en 2026 : du 3 avril au 26 juillet, de 8 h 30 à 16 h
- Exonération prévue pour les enfants de moins de 14 ans
Malgré ces résultats financiers, les responsables locaux reconnaissent que le dispositif n’a pas atteint son objectif principal. La Sérénissime continue de ployer sous les flux touristiques, sans que la fréquentation ne recule de façon significative.
Venise face à un dépeuplement qui s’accélère
Derrière la question tarifaire se cache un problème structurel bien plus profond. Le centre historique de Venise ne compte plus que quelque 50 000 habitants, un chiffre en recul constant. En pic de saison, la ville accueille simultanément 100 000 touristes qui y dorment, auxquels s’ajoutent des dizaines de milliers de visiteurs à la journée. Le rapport entre résidents et visiteurs est donc inversé, parfois du simple au double.
Ce déséquilibre produit des effets concrets sur la vie quotidienne : hausse du coût de la vie, pression sur les commerces de proximité, transformation progressive du tissu urbain. Les autorités locales présentent la taxe journalière comme un levier pour inciter les visiteurs à éviter les journées les plus chargées, comme le 1er mai, jour férié particulièrement prisé.
La cité des Doges, avec ses gondoles, ses canaux et ses monuments mondialement connus, reste l’une des destinations les plus visitées de la planète. C’est précisément cette attractivité exceptionnelle qui rend la gestion des flux si complexe, et qui pousse les élus à chercher des outils financiers plus contraignants pour retrouver un équilibre entre tourisme et vie locale.
Un modèle sous tension, un accord à trouver
La hausse envisagée ne sera pas décidée unilatéralement par la municipalité. Michele Zuin a clairement indiqué que le nouveau tarif devra faire l’objet d’un accord avec le gouvernement. Cette contrainte politique pourrait ralentir ou modifier le calendrier de mise en oeuvre.
En attendant, Venise reste dans une position inconfortable : pionnière mondiale d’une taxe journalière, mais contrainte d’en reconnaître les limites dès ses premières années d’existence. La question n’est donc plus de savoir si le tarif doit évoluer, mais jusqu’où il peut monter pour être réellement dissuasif sans pour autant fermer la ville aux visiteurs aux budgets plus modestes.




