Un Grand Prix cannois, une sélection aux Oscars et une sortie en salles prévue le 14 octobre 2026 : le nouveau film d’Andreï Zviaguintsev s’impose déjà comme l’un des événements cinématographiques de l’année. Minotaure, réalisé par un cinéaste russe en exil, a été choisi par une commission du CNC pour représenter la France dans la course au meilleur film étranger lors de la 99e cérémonie des Oscars.
Un cinéaste en exil, un film ancré dans la guerre
Depuis le 24 février 2022, date à laquelle la Russie a lancé son offensive militaire contre l’Ukraine, Andreï Zviaguintsev a choisi de ne plus rentrer dans son pays natal. Il partage désormais son temps entre plusieurs pays d’Europe, dont la France. Dans un entretien accordé au journal britannique The Guardian en mai dernier, il déclarait refuser d’être associé à ce que son pays a fait. Ce déracinement traverse chaque plan de son film, tourné en Lettonie.
Pourtant, la guerre n’y est jamais montrée de façon frontale. Elle s’infiltre dans le récit par touches discrètes : des tags sur les murs, des panneaux publicitaires qui appellent à l’effort de guerre, un coup de téléphone reçu en plein déjeuner familial. C’est précisément cette présence insidieuse qui rend le film si troublant.
Le réalisateur avait déjà traversé une épreuve personnelle majeure avant de se lancer dans ce projet. En 2021, il avait été hospitalisé et placé dans un coma artificiel pendant quarante jours à la suite de lésions pulmonaires. Ce retour à la mise en scène, neuf ans après Faute d’amour, prend donc une résonance particulière.
Gleb, un personnage forgé par un système sans punition
Au centre du récit se trouve Gleb, chef d’entreprise prospère vivant dans une maison de verre perdue dans les bois avec sa femme Galina et leur fils. L’acteur Dmitri Mazourov lui prête une froideur et une antipathie absolues, qui rendent le personnage aussi fascinant que redoutable.
Face à l’obligation de conscrire une quinzaine de ses employés pour les envoyer au front, Gleb recrute de jeunes livreurs dans le seul but de s’en débarrasser aussitôt. Il mobilise par ailleurs son chef de la sécurité pour effacer une scène compromettante dont il a été témoin. Ce dernier disparaît du récit, avant de réapparaître sur l’un de ces panneaux de guerre qui jalonnent l’espace urbain filmé par Zviaguintsev.
Le film s’inspire ouvertement de La Femme Infidèle de Claude Chabrol, considéré par certains comme la meilleure oeuvre du cinéaste français. Ce choix de référence éclaire d’emblée les trajectoires des personnages, construites autour des non-dits et des faux-semblants. Galina, interprétée par Iris Lebedeva, ne peut réprimer un sourire face aux messages de son amant supposé. La lumière de son téléphone illumine son visage jusqu’au coeur de la nuit. Le téléphone devient ainsi l’objet central de bien des malheurs.
Les points clés à retenir sur Minotaure
- Sélectionné par une commission du CNC pour représenter la France aux Oscars 2027
- Grand Prix du 79e Festival de Cannes 2026
- Produit par Charles Gillibert (CG Cinéma) et Nathanaël Karmitz (MK2 Productions), distribué par Les Films du Losange
- Tourné en Lettonie, avec Dmitri Mazourov, Iris Lebedeva, Boris Koudrine et Yuriy Zavalnyouk
- Sortie en salles françaises le 14 octobre 2026
La guerre comme personnage, le confort comme complicité
Le titre du film renvoie à deux lectures possibles. La créature mythologique dévore les jeunes hommes qu’on lui envoie en tribut, tout comme la guerre de Poutine avale ceux que le système lui sacrifie. Mais Gleb lui-même peut être vu comme ce monstre : un homme incapable de maîtriser ses pulsions nées de la jalousie et de la colère, et que rien ne vient jamais punir.
Car c’est là le coeur du propos : Gleb ne paie pas pour ses actes. Un ultime coup de téléphone le tire d’affaire au moment précis où il pourrait enfin être rattrapé par ses crimes. Pendant que d’autres périssent au front, il retrouve sa maison de verre, sa femme et son fils, indifférent aux bombes qui tombent loin de son foyer.
Le dernier plan du film étale cette impunité comme une injustice finale. Sa beauté formelle n’en devient que plus douloureuse. En ce sens, ce long-métrage ne parle pas seulement de la Russie de Poutine : il interroge la capacité de tout système à protéger ceux qui le servent, au détriment des plus vulnérables. La prochaine étape pour le film sera le 21 janvier 2027, date à laquelle l’Académie des Oscars annoncera les nommés dans la catégorie du meilleur film étranger, avant la cérémonie prévue le 14 mars 2027 à Los Angeles.




