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Cinema / Culture

The Drama ou l’art de pervertir les genres filmiques

Pour le meilleur et pour le pire. La carte d’invitation ? Une rencontre amoureuse entre Robert Pattinson et Zendaya. Malheureusement, ce qui devait être le plus beau jour de leur vie va virer en tragédie grecque…

© Metropolitan FilmExport

Le mariage ? « C’est un piège à fric à l’intérieur d’un rituel sacré » avait récemment confié le réalisateur norvégien Kristoffer Borgli à nos confrères du magazine Trois Couleurs. Le conte de fée commence lorsque le monde entier découvre en 2025 une annonce de fiançailles entre Zendaya et Robert Pattinson. Pas un poisson d’avril, mais une campagne marketing bien rodée du studio A24, qui cachait en réalité la première promotion du film. Et quand on connait un tant soit peu la filmographie du cinéaste, on s’aperçoit que l’un des thèmes qui l’obsèdent est : comment survivre au couple ? On s’engage pour le meilleur mais surtout pour… le pire ! Des questions qu’il traite déjà dans Sick of Myself (2022) et Dream Scenario (2023).

Instagram d’A24 où la fausse rumeur avait été lancée.

Mélanger les genres filmiques

Dans cet anti rom-com, tout commence comme dans un film à l’eau de rose. Charlie rencontre Emma dans un café et une grande histoire d’amour commence. Les atomes crochus sont bien là, tout est parfait, spontané et passionné et il n’y a pas de contrôle. La première fissure apparaît durant la répétition d’ouverture de bal des mariés. Emma trouve cela trop chorégraphié, pas assez spontané, ce à quoi la coach lui répond que le principe même du mariage repose sur le fait que rien n’est laissé au hasard.

« Zen Daya ! Tu patines Robert… » © Metropolitan FilmExport

Durant la phase de test du traiteur avec deux amis proches, Emma révèle un secret qui fera tout basculer. Ce secret rendra Charlie obsessionnel, et chaque couche de perfection se détachera tel le lézard qui mue. Par ailleurs, le film met en scène un autre thème : comment figer l’identité d’autrui.

Mettre le spectateur mal à l’aise

Le grand amusement du réalisateur est de créer un sentiment de mal-être chez le spectateur, et cela durant toute la durée du film en utilisant des thèmes censés nous combler, tels que l’amour vrai ou encore le mariage. Ainsi, l’incorporation du spectateur au film est totale et la mise en scène intelligente et immersive. Cela laisse place à des comiques de situation assez loufoques. Kristoffer Borgli sait jouer avec ses acteurs et avec des situations où on peut tous se reconnaître.

« Vous êtes cordialement invités… » © Metropolitan FilmExport

Qui ne s’est jamais trouvé à devoir faire des photos officielles où on nous demande de sourire mais où on « joue l’être l’humain devant une caméra », comme le dit le cinéaste de 41 ans. On a tous envie que ce mariage réussisse, mais comme dans une tragédie grecque, les éléments s’obstinent à aller à l’encontre de cette idylle.

La femme est acculée

Si on lit entre lignes, on se rend compte que seule Emma se révèle réellement. De plus, elle est scrutée et analysée de la tête aux pieds pour avoir été vraie, tout aussi bien par ses pairs femmes. Quid de Charlie, qui semble cacher des secrets bien plus lourds mais dont on ne saura absolument rien. Comme si la femme devait être mise à nu, tout dévoiler et prouver à tout prix sans jamais y parvenir qu’elle s’est rachetée, alors que l’homme lui aurait le droit de rester mystérieux sans creuser trop au fond de son âme…

Kristoffer Borgli s’est beaucoup inspiré des œuvres du cinéaste danois Lars Von Trier qui a pour sujet de prédilection la dépression dans le couple (Mélancholia, Antichrist, Nymphomaniac…) et il avait révélé dans les pages de Trois Couleurs être aller au bout de ce thème de l’amour cauchemardesque et vouloir traiter de « l’intersection entre le fait d’être artiste dans une relation et que cette relation soit aussi traversée par des problèmes de santé mentale. » Ce long-métrage sera peut-être, à la surprise générale, un film d’horreur, révèle-t-il, toujours dans Trois Couleurs.

The Drama de Kristoffer Borgli, en salles depuis le 1er avril 2026. Durée : 1h45.