Imaginez apprendre votre nomination aux Oscars par un simple message sur répondeur, sans attaché de presse ni campagne de lobbying. C’est exactement ce qui est arrivé à Susan Sarandon le 11 février 1982, une anecdote qu’elle a racontée avec humour lors de sa venue au Festival de Deauville en 2026. Cette histoire, aussi savoureuse qu’improbable, dit beaucoup sur le chemin parcouru par l’industrie du cinéma en quarante ans.
Susan Sarandon au Festival de Deauville : une icône en marge d’Hollywood
Invitée à la 52e édition du Festival de Deauville, l’actrice est venue présenter The Accompanist, premier long-métrage du réalisateur Zach Woods, connu pour ses rôles dans les séries The Office et Silicon Valley. C’est à l’Hôtel Royal Barrière que Sarandon a évoqué, lors d’une conférence de presse, ses souvenirs d’une époque où les choses se passaient autrement. Ce jour de février 1982, dans son appartement de l’East Village à New York – un quartier à la fois délabré et foyer vibrant de la scène underground -, elle découvre sa nomination par un inconnu au bout du fil. Ni son agent, ni un producteur ne l’avait prévenue. Le producteur du film lui-même, joint dans la foulée, ne savait pas comment la nouvelle avait filtré.
Ce récit contraste fortement avec la réalité actuelle. Désormais, les studios déboursent des dizaines de milliers de dollars pour mener des campagnes de promotion lors des cérémonies de récompense. Ce terrain politique complexe, Sarandon préfère s’en tenir à l’écart. Interrogée sur la place des femmes à Hollywood, elle répond sans détour qu’elle n’y est jamais et ne sait pas ce qui s’y passe. Une posture cohérente avec une carrière construite loin des sentiers balisés par les grandes majors.
La sorcière, fil conducteur d’une rencontre décisive
La genèse de The Accompanist tient presque du conte. Zach Woods devait rencontrer Susan Sarandon pour la première fois à l’hôtel Charlie, à West Hollywood – un établissement au style rustique qui a appartenu à Charlie Chaplin. Le réalisateur espérait la convaincre d’incarner Sylvia, un personnage inspiré de sa propre grand-mère. Dès la poignée de main, l’actrice lui déclare qu’elle est une sorcière. Pour Woods, qui a grandi avec une passion pour l’ouvrage Sacrées Sorcières de Roald Dahl, ces mots sonnent comme une évidence.
Dans le film, la figure de la sorcière traverse chaque scène : un orage lointain, un rire démoniaque, un conte lu à Emily, une enfant placée en foyer d’accueil qui atterrit chez la mystérieuse Sylvia. Ce personnage porte aussi la marque de Thelma et Louise : Woods confie que son premier visionnage du film de Ridley Scott lui a rappelé ces figures féminines sauvages et subversives. Dans The Accompanist, deux personnages féminins se prennent par la main avant de s’envoler, écho direct à cette filiation. Sarandon, de son côté, rappelle que Thelma et Louise avait suscité de vives réactions à sa sortie, certains accusant le film de promouvoir le suicide – un reproche jamais adressé à Butch Cassidy ou à Jules et Jim.
Engagement politique et prix de la liberté artistique
La réalisatrice martiniquaise Euzhan Palcy, venue remettre l’Icon Award à Sarandon lors du festival de Deauville, a rappelé un fait marquant : pour jouer dans Une saison blanche et sèche, film sur l’apartheid en Afrique du Sud tourné à la fin des années 1980, l’actrice avait accepté un salaire considérablement réduit. Un choix qui illustre sa conception de l’engagement artistique : si l’on décide de raconter une histoire, il faut s’y abandonner complètement.
Cet engagement a pourtant eu un coût. En 2023, son agence artistique, la United Talent Agency, a cessé de la représenter après des propos tenus lors d’un rassemblement pro-palestinien à New York. Sarandon ne regrette rien. Elle défend l’idée que chaque film est politique, que tout long-métrage renforce un point de vue, et que prétendre le contraire est tout simplement faux. Pour elle, le rôle de l’artiste est triple : commenter ce qui se passe, faire rêver, et humaniser des personnes que le public n’a pas la possibilité de connaître autrement.
- Sa première nomination aux Oscars, en 1982, lui a été annoncée par un inconnu via répondeur.
- Elle a accepté un salaire réduit pour tourner dans Une saison blanche et sèche, film sur l’apartheid.
- La United Talent Agency a cessé de la représenter en 2023 après des propos pro-palestiniens.
- The Accompanist est le premier long-métrage de Zach Woods, présenté au Festival de Deauville en 2026.
- En 2027, elle sera à l’affiche de deux films : The Echo Chamber et Exit Right.
Ce que la 52e édition du festival de Deauville révèle sur son avenir
Interrogée sur ce dont elle est la plus fière, Sarandon ne cite ni un rôle ni un engagement précis. Elle répond qu’elle est fière d’avoir survécu à l’industrie du cinéma tout en restant authentique et gentille. Une réponse qui résume quarante ans de carrière sous un angle inattendu. Elle évoque même l’idée de se mettre au jardinage lorsque le cinéma lui fermera ses portes, mais précise que ce moment n’est pas encore venu.
Car l’agenda est chargé : en 2027, elle sera à l’affiche de The Echo Chamber, présenté à la Mostra de Venise, et d’Exit Right. Quant à The Accompanist, il cherche encore un distributeur en France. La rencontre entre cette actrice et ce premier réalisateur, scellée par une déclaration de sorcellerie dans un hôtel de West Hollywood, pourrait donc bientôt trouver son public français, grâce à l’élan donné par cette édition du festival normand.




