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« Loin des contraintes urbaines » : cette villa enfouie dans la forêt d’Ibiza surplombe la mer depuis une zone désormais inconstructible

FreshMagazine - « Loin des contraintes urbaines » : cette villa enfouie dans la forêt d'Ibiza surplombe la mer depuis une zone désormais inconstructible

Imaginez une villa de 700 m² perchée à flanc de colline sur l’île d’Ibiza, accessible seulement par un chemin qui serpente entre les aloe vera. Ce refuge estival, niché dans une zone désormais inconstructible, réserve l’une des vues les plus saisissantes des Baléares – et sa décoration intérieure est tout aussi remarquable.

Un mobilier de collection au service de la nature baléare

Avant même de parler de murs ou de volumes, c’est le mobilier qui frappe. Thomas Geerlings, fondateur de l’agence néerlandaise Framework Studio, a orienté chaque choix vers l’esprit du Craft Studio Movement. Selon lui, ce qui compte avant tout, c’est la beauté organique des matériaux dans leur forme brute.

« Ce n’est pas la valeur intrinsèque des matériaux qui compte, mais leur beauté organique dans leur forme brute, leur expression la plus pure, associées à des détails que seuls des artisans d’exception peuvent réaliser. »

Ainsi, la table de la salle à manger incarne cette philosophie à elle seule. L’architecte et designer brésilien José Zanine Caldas l’a réalisée en bois de pequi dans les années 70, à partir de troncs trouvés au sol en forêt ou de rebuts de scierie. Ce geste, attentif à la surexploitation forestière, résonne fort dans une maison qui dialogue en permanence avec la végétation.

De même, dans le séjour, le panneau en bois sculpté du duo italien Nerone et Patuzzi (Gruppo NP2) tranche avec les courbes du canapé Neuen Wiener Werkstätten. Les bougeoirs en chêne de Matthias Biberon côtoient une table basse de Vincenzo de Cotiis. Chaque pièce de mobilier porte donc une histoire et un savoir-faire précis.

Des signatures fortes dans chaque pièce de vie

Dans le salon surélevé, des colonnes délimitent l’espace en écho aux plafonds d’inspiration vernaculaire. On y trouve un canapé sur mesure signé Framework Studio, un buffet et un fauteuil de George Nakashima, ainsi qu’un vase de Willem van Hooff. Car chaque détail, ici, porte une intention claire.

Les terrasses extérieures suivent la même logique de rigueur. L’une d’elles accueille une table en bubinga et marbre rosso verona, des fauteuils en teck de Kipp Stewart pour Summit Furniture, face à un jardin de romarin, de cyprès et d’érythrine caffre paysagé par l’agence Balearic Gardens. L’autre terrasse offre une vue plongeante sur la piscine, avec la forêt en toile de fond.

L’architecture vernaculaire d’Ibiza réinterprétée pièce par pièce

Diete et Jan, collectionneurs d’art et de design, vivaient à Amsterdam avec leurs quatre enfants âgés de 2 à 15 ans. Ils cherchaient un ancrage pour déconnecter loin de la ville. Leur demande à Thomas Geerlings était précise : rendre hommage aux constructions vernaculaires d’Ibiza, avec des épais murs en pierre calcaire couleur sable, des jardins en restanques et des lignes ondulantes.

La réponse architecturale est cohérente de la cave au toit. Les plafonds ornés de voûtes en berceau font écho à la rampe en métal incurvée de la cage d’escalier. Les angles des murs restent arrondis. Par conséquent, chaque volume dialogue avec les suivants dans une continuité formelle très maîtrisée. L’île d’Ibiza impose ainsi sa grammaire jusqu’au moindre angle de mur.

Un espace en particulier illustre cette cohérence : les marches de l’amphithéâtre extérieur, conçues en deux hauteurs et largeurs différentes. Elles invitent à contempler le panorama changeant au fil des heures. Des canapés « Cornaro » de Carlo Scarpa y prennent place aux côtés d’une table basse Summit Furniture et de chaises d’Allan Gould.

  • Murs en pierre calcaire couleur sable, en référence aux constructions anciennes de l’île
  • Jardins en restanques paysagés par l’agence Balearic Gardens
  • Plafonds à voûtes en berceau en écho à la rampe incurvée de l’escalier
  • Angles arrondis sur l’ensemble des murs intérieurs
  • Portes pivotantes qui effacent la frontière entre dedans et dehors

La cuisine et la salle de bains, une même grammaire minérale

La cuisine en chêne clair et travertin adopte une neutralité douce, accentuée par des étagères aux reliefs cannelés. De même, la salle de bains reprend ces codes épurés avec une vasque en chêne et travertin, sculpturale et minérale. Les deux pièces forment ainsi un duo cohérent au sein de la villa.

La suite parentale suit ce même esprit de retenue. La tête de lit capitonnée associe bois d’orme et textile cousu main. Le linge de lit provient de Couleur Chanvre, les tables de chevet sont d’Arno Declercq. Chaque choix reste donc précis, sans ostentation.

Quand la forêt entre dans la maison à Ibiza

La végétation dense de cette zone d’Ibiza ne reste pas à la porte. Elle enveloppe la villa et imprime sa vitalité dans chaque pièce. Dès que les portes pivotantes s’ouvrent, intérieur et extérieur ne forment plus qu’un seul espace continu. Chaque vue depuis les pièces de vie ressemble alors à un tableau vivant qui change au fil des saisons.

La piscine en marbre vert laponia reflète la forêt de pins et de genévriers sabine qui entoure la propriété. Depuis la terrasse, l’oeil glisse naturellement de la surface de l’eau jusqu’à la masse végétale, sans obstacle. Ce dialogue entre règne minéral et règne végétal constitue, par conséquent, le fil conducteur de toute la villa.

Cette maison d’Ibiza prouve que le luxe discret d’une résidence secondaire tient moins à ses surfaces qu’à la précision de ses choix. 700 m² enfouis dans la forêt baléare, un chemin entre les aloe vera pour y accéder, des artisans d’exception pour la meubler : l’île des Baléares offre ici l’un de ses plus beaux exemples de maison qui sait rester humble face à son paysage.