La Maison des Créateurs, nichée au sein des Galeries Lafayette Paris Haussmann, ne ressemble à aucun autre espace de vente. Ce lieu opère comme un filtre exigeant entre la mode qui commence et celle qui s’impose.
Une histoire de prescripteur qui remonte aux années 1950
Bien avant que le mot « curation » envahisse le vocabulaire mode, les Galeries Lafayette organisaient déjà des festivals dédiés à la création française. Cela se passait dès les années 1950, bien loin des logiques de rentabilité immédiate.
Dans les années 1980 et 1990, leur Festival de la Mode mettait à l’honneur des noms comme Yves Saint Laurent, Karl Lagerfeld ou Azzedine Alaïa. Ces rendez-vous abolissaient alors la frontière entre la mode d’auteur et le grand public.
Cet engagement prend une forme structurée en 2003, avec le partenariat noué avec l’ANDAM. Dès lors, le grand magasin accompagne concrètement les talents émergents, bien au-delà du simple coup de projecteur.
Des cartes blanches, des collaborations et des espaces dédiés suivent. Ainsi, Marine Serre fait ses premiers pas ici dès 2018, avant de réinvestir les vitrines en 2025. Jacquemus investit le magasin en 2023 ; AMI Paris imagine des installations spectaculaires sous la célèbre coupole.
La Maison des Créateurs, radar de la mode contemporaine
Ce que cet espace propose aujourd’hui prolonge naturellement cette trajectoire. La Maison des Créateurs juxtapose des designers déjà adoubés par la fashionsphère et d’autres qui n’ont pas encore écrit leur nom partout.
Le résultat crée une tension éditoriale rare pour un grand magasin. On n’y vient pas seulement acheter un vêtement. On vient prendre le pouls d’une certaine idée de la mode.
Des silhouettes qui bousculent les formats habituels
Auralee y défend un minimalisme précis, presque architectural dans son rapport aux matières. En regard, Hed Mayner propose un vestiaire conceptuel qui interroge la proportion et le volume.
Willy Chavarria apporte des silhouettes puissantes, loin des standards attendus du prêt-à-porter mainstream. Par ailleurs, The Row incarne un luxe délibérément discret, sans logo ni démonstration.
La lauréate de l’ANDAM 2026, Marie Adam-Leenaerdt, figure également parmi les noms sélectionnés. Sa présence ici confirme que cet espace accompagne les carrières très tôt, parfois avant même que le public les identifie.
Accessoires, bijoux et maroquinerie au cœur de la sélection
La mode ne s’arrête pas au vêtement. La Maison des Créateurs l’affirme clairement en intégrant des accessoires qui font déjà vibrer les observatrices les plus attentives.
Ruslan Baginskiy y impose des couvre-chefs à la silhouette immédiatement identifiable. Ces pièces ont cette capacité rare à transformer une tenue sans l’écraser.
- Charlotte Chesnais propose des bijoux aux lignes presque sculpturales, entre joaillerie et volume plastique.
- AMI Paris cultive une allure chic et décontractée qui a fait la réputation de la maison parisienne.
- L/Uniform représente le segment maroquinerie avec une approche structurée et fonctionnelle.
- Destrée s’impose dans cet espace avec une vision des accessoires ancrée dans le quotidien.
- Molli complète cette sélection en apportant une perspective douce et textile.
Cet élargissement à la beauté, aux bijoux et à la maroquinerie n’est pas anodin. Il traduit une volonté de proposer un point de vue complet sur la mode, pas seulement un rail de vêtements.
Ce que La Maison des Créateurs révèle sur le rôle d’un grand magasin
Un grand magasin peut se contenter de vendre ce qui se vend déjà. Cet espace choisit une autre logique, plus exposée et plus engagée.
La sélection ne suit pas les tendances après coup. Elle cherche à identifier ceux qui les produiront, parfois plusieurs saisons à l’avance.
Cette posture suppose une vraie prise de risque éditoriale. Car parier sur un designer émergent, c’est aussi accepter que le pari soit parfois prématuré.
Pourtant, le partenariat avec l’ANDAM depuis plus de vingt ans, les collaborations avec Marine Serre ou Jacquemus, et désormais la présence de Marie Adam-Leenaerdt montrent que cette méthode produit des résultats tangibles. La Maison des Créateurs ne fait pas que détecter les talents. Elle participe activement à leur trajectoire.




