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« Instagram Boyfriend » en vacances : ce que ces photos disent vraiment de nous

« Instagram Boyfriend » en vacances : ce que ces photos disent vraiment de nous

Chaque été, une scène se répète sur les plages et dans les ruelles pittoresques : un homme, smartphone ou appareil photo en main, multiplie les angles et les prises pour satisfaire sa partenaire en quête du cliché parfait. Ce rôle, désormais baptisé Instagram Boyfriend, révèle bien plus qu’une simple habitude de vacances. Derrière l’objectif se cachent des tensions de couple, des mécanismes cérébraux bien documentés et une question qui dérange : vivons-nous vraiment nos vacances, ou les mettons-nous simplement en scène ?

Quand les vacances deviennent un shooting photo

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon une étude menée par Flashs, 89 % des jeunes de 18 à 34 ans choisissent leurs destinations de vacances en fonction de leur esthétique, c’est-à-dire leur capacité à produire des images visuellement attrayantes, propices à être partagées sur les réseaux sociaux. Ce critère, souvent désigné par le terme « Instagrammable », pèse donc autant que le climat ou le budget dans la décision finale.

C’est dans ce contexte que le phénomène de l’Instagram Boyfriend a pris de l’ampleur. TikTok a largement contribué à populariser ce rôle, avec une multitude de tutoriels destinés à aider ces photographes improvisés à améliorer leurs performances. L’affaire a d’ailleurs pris une dimension inattendue lorsque Kylian Mbappé a été photographié en train de prendre des clichés de sa petite amie, Ester Expósito, à bord de leur yacht. Même les célébrités n’échappent pas à cette dynamique.

De son côté, Lewis Hamilton a publié des photos de Kim Kardashian, des images perçues par beaucoup comme une preuve d’amour et un signe de valorisation. Car selon la même étude, les femmes voient dans les photos spontanées prises par leur partenaire bien plus qu’un simple souvenir numérique.

87 % des Instagram Boyfriends ressentent de la frustration

Derrière l’apparente légèreté du phénomène se cache une réalité moins souriante. 87 % des hommes endossant ce rôle ressentiraient une frustration lors de ces séances photo. Pression de réussir le cliché, gêne ressentie en public, sentiment de perdre un temps précieux de vacances… autant de sources de tension qui s’invitent dans la relation.

Car si l’une attend la photo parfaite comme une marque d’attention, l’autre vit souvent l’exercice comme une contrainte. Ce décalage de perception transforme un moment qui devrait être léger en véritable point de friction au sein du couple. La caméra, loin de figer de beaux souvenirs, peut ainsi creuser un fossé entre les deux partenaires.

  • 89 % des 18-34 ans choisissent leurs destinations selon leur esthétique photographique.
  • 87 % des Instagram Boyfriends ressentent de la frustration lors des séances photo.
  • Les femmes perçoivent les photos spontanées comme une preuve d’amour et de valorisation.
  • En 2016, des chercheurs ont observé que recevoir ou voir de nombreux likes active les régions cérébrales du système de récompense.
  • Une étude publiée dans Body Image en 2020 a mis en évidence le rôle d’Instagram dans la comparaison sociale et la satisfaction corporelle.

Le regard des autres, un besoin qui dépasse les vacances

La quête du beau cliché de vacances ne se résume pas à un caprice esthétique. Elle touche à quelque chose de plus profond : le besoin d’être regardée et reconnue. En 2016, des chercheurs ont observé que recevoir ou simplement voir un grand nombre de likes sur une publication activait de façon accrue les régions cérébrales liées au système de récompense. Le regard des autres devient ainsi un miroir à travers lequel on finit par se percevoir soi-même.

Ce mécanisme est d’autant plus préoccupant qu’il s’appuie sur la comparaison sociale. Une étude publiée dans la revue Body Image en 2020, menée par la psychologue Renee Engeln, a mis en lumière les effets d’Instagram sur la satisfaction corporelle. La plateforme, par la place centrale qu’elle accorde aux images, se révèle particulièrement propice à ces comparaisons. La professeure de psychologie Charlotte Markey souligne, elle aussi, les effets de ces contenus sur les jeunes femmes, tout en adoptant une posture réaliste : l’enjeu n’est pas d’arrêter de publier, mais de prendre conscience de l’impact que ces pratiques peuvent avoir sur le rapport à soi.

L’instant vécu ou l’instant photographié, faut-il choisir ?

La question que pose finalement le phénomène de l’Instagram Boyfriend est plus large qu’il n’y paraît. À force de mettre en scène chaque moment de vacances pour les réseaux sociaux, ne risque-t-on pas de passer à côté de l’expérience elle-même ? La photo devient alors moins un souvenir qu’un outil de validation sociale, une façon de rivaliser dans un monde régi par les apparences.

Ce besoin croissant d’être regardée traduit une quête de reconnaissance bien plus profonde que le simple désir de partager de belles images. Et pendant que l’on cherche le bon angle, la lumière idéale ou le filtre parfait, les vacances, elles, continuent de défiler. La vraie question n’est donc pas de savoir si son partenaire prend de bonnes photos, mais ce que l’on est prêt à sacrifier pour les obtenir.