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Hamnet : être ou ne pas être un grand film

Hamnet est une brillante réflexion sur le pouvoir de l’art en tant que catharsis, à travers les yeux de Shakespeare et d’Agnes, sa femme, qui viennent de perdre leur fils de onze ans. Hamnet fait partie de ces films qui vous enlèvent un poids et continuent à vous suivre une fois la salle obscure rallumée. Le genre d’expérience incarnée, quasiment sensuelle, où le spectateur ne peut rester indifférent. Il est là pour être secoué.

La réalisatrice Chloé Zhao et les acteurs Paul Mescal et Jessie Buckley sur l’une des scènes du film en Angleterre. © 2025 FOCUS FEATURES LLC

Synopsis : Angleterre, 1580. Précepteur de latin désargenté, William Shakespeare fait la connaissance d’Agnes, jeune femme à l’esprit libre. Fascinés l’un par l’autre, ils entament une liaison fougueuse avant de se marier et d’avoir trois enfants. Tandis que Will tente sa chance comme dramaturge à Londres, Agnes assume, seule, les tâches domestiques. Lorsque Hamnet, leur fils de onze ans meurt frappé par la peste, le couple, autrefois profondément uni, vacille. Mais c’est de leur épreuve commune que naîtra l’inspiration du chef-d’œuvre universel de Shakespeare, Hamlet.

Deux visions du deuil et une salle obscure en larmes

Produit par Focus Features et réalisé par Chloé Zhao, Hamnet est un grand film pour maintes raisons : la qualité de la mise en scène, les décors, les costumes, les maquillages ; la nature à l’état pur, luisante et visible dans toute sa splendeur, synonyme de douceur mais aussi de brutalité : on peut coopérer avec elle et on ne peut se fier qu’à moitié car elle aura toujours le dernier mot ; la minimisation des CGI ; la beauté de la photographie ; et la justesse d’interprétation de chaque acteur. 

Le directeur de la photographie Lukasz Zal, la réalisatrice Chloé Zhao et les acteurs Jessie Buckley and Paul Mescal en plateau. © 2025 FOCUS FEATURES LLC

Le film confronte deux visions du deuil et de la tristesse ultime de perdre un enfant : celle de la femme de Shakespeare, Agnes, qui est dans le réactionnel et l’instant présent, et n’arrive finalement pas à faire son deuil ; et celle de Shakespeare, l’incompris, qui devra écrire une pièce de théâtre loin de sa province – temps long – pour pouvoir non seulement faire le deuil de son fils, mais aussi être capable de pleurer sa mort. 

« J’ai toujours trouvé très injuste pour cet enfant que personne ne fasse le lien entre ce petit garçon, qui s’appelait Hamnet, et la pièce écrite quatre ou cinq ans plus tard, intitulée Hamlet » – Maggie O’Farrell, auteure du roman éponyme Hamnet.

De surcroît, la construction de cette tragédie à Londres, ville de toutes les gloires, se révèlera être, contrairement aux apparences et aux préjugés d’Agnes, un puissant outil d’acceptation, de grâce, de lâcher-prise, de pardon et de deuil pour elle, en voyant que le public entier a ressenti – face à une pièce factice – ce qu’elle-même a ressenti.

© 2025 FOCUS FEATURES LLC

Ainsi, le film est une brillante réflexion sur le pouvoir de l’art en tant que catharsis. L’émotion transmise par The Tragedy of Hamlet n’a pas seulement touché un public lointain dans un théâtre du XVIe siècle ; il nous a touchés nous, spectateurs de 2025 à travers un écran de cinéma – nous en étions témoins, vu le nombre de personnes dans la salle obscure qui ont fondu en larmes.

Un film qui pose des questions existentielles

« Être artiste c’est une façon de se soigner » disait Michael Lonsdale. William Shakespeare l’avait compris. Il aborde le pouvoir de l’art pour survivre. Une nécessité pour certains, et de plus en plus caduque dans un monde où l’art humain, ce bien si précieux de création, est bradé à l’IA générative.

© 2025 FOCUS FEATURES LLC

Le film pose également des questions existentielles et nous rappelle notre humble condition d’hommes face à la mort ; et à la nature qu’on ne peut, malgré toute notre bonne volonté et érudition la concernant, jamais totalement maîtriser.

Un hommage au fils de Shakespeare

Le film est l’adaptation du roman de Maggie O’Farrell, Hamnet, publié en 2020, et qui avait décroché le National Book Critics Circle Award et le Women’s Prize de la meilleure fiction et été nommé parmi les cinq meilleurs romans de 2020 selon le New York Times Book Review.

Jacobi Jupe dans le rôle d’Hamnet. © 2025 FOCUS FEATURES LLC

L’écrivain souhaitait raconter cette histoire depuis près de trente ans après avoir découvert certains détails méconnus de la vie familiale de Shakespeare : « J’ai toujours trouvé très injuste pour cet enfant que personne ne fasse le lien entre ce petit garçon, qui s’appelait Hamnet, et la pièce écrite quatre ou cinq ans plus tard, intitulée Hamlet. Cet enfant a été totalement mis à l’écart, comme s’il n’était qu’un détail sans importance dans la pièce célébrissime de son père. En m’attelant à ce livre, j’ai voulu lui redonner une place centrale. Il était très aimé. Sans lui, nous n’aurions pas Hamlet. » relève Maggie O’Farrell.

Primé aux Golden Globes, il vise les Oscars

Hamnet a remporté deux prix aux Golden Globes dans les catégories « Meilleur film dramatique » et « Meilleure actrice dans un drame » pour Jessie Buckley. Il vise désormais les Oscars où il est huit fois nominé, qui auront lieu le 15 mars 2026.

Infos pratiques
Hamnet, en salles depuis le 21 janvier 2026.
Lien séances AlloCiné ici.