Et si choisir un hôtel devenait aussi simple que lire une étiquette nutritionnelle ? La question traverse désormais le secteur touristique avec une acuité nouvelle, et Deauville s’en fait un terrain d’expérimentation concret.
Un score pour mesurer ce que l’hôtel consomme vraiment
Lors des CHR Days organisés à l’hôtel Barrière Le Royal de Deauville, Hubert Vendeville a présenté une approche qui bouscule les habitudes du secteur. Fondateur de FairMoove Solutions en 2011, cet ingénieur de formation défend une idée précise et vérifiable.
Son entreprise a mis au point un outil capable d’attribuer à chaque établissement un score environnemental allant de A+ à E-. Ce système fonctionne comme un Nutri-Score appliqué au tourisme.
Concrètement, l’outil passe au crible chaque poste de dépense et de consommation. Le linge, les petits-déjeuners, l’eau, l’énergie, les produits d’entretien – chaque flux devient mesurable et comparable.
Ainsi, l’établissement voit clairement où concentrer ses efforts. Vendeville résume sa logique de façon directe : réduire les impacts et réduire les coûts forment un seul et même mouvement.
Des gestes concrets qui transforment la rentabilité d’un hôtel
L’exemple le plus parlant concerne les produits d’accueil. Remplacer les petits flacons individuels par de grands contenants rechargeables réduit à la fois les déchets et l’empreinte carbone. Par conséquent, l’économie réalisée sur les emballages devient visible dans les comptes de l’établissement.
Voici les postes que l’outil analyse pour chaque hôtel ou structure d’hébergement
- La consommation d’eau, poste souvent sous-estimé en haute saison
- L’énergie, dont la volatilité des prix fragilise les projections à moyen terme
- Les déchets générés par les produits d’entretien et d’accueil
- L’empreinte carbone liée au linge et aux petits-déjeuners
- Les produits d’entretien, souvent conditionnés en formats non rechargeable
Cependant, l’enjeu dépasse la simple gestion interne. Vendeville avertit que les grands groupes organisant séminaires et congrès exigent désormais des garanties environnementales de leurs prestataires. Sans engagement RSE documenté, une adresse se retrouve écartée dès la phase de consultation.
Pourquoi le transport pèse plus lourd que l’hôtel lui-même
Une donnée issue d’une étude de l’Ademe recentre le débat. 77 % de l’empreinte carbone du tourisme en France provient des déplacements des visiteurs, pas des nuitées. Dès lors, le choix de la destination et du mode de transport devient l’acte le plus déterminant pour un séjour responsable.
Or Deauville dispose ici d’un argument que peu de destinations normandes peuvent revendiquer. Le train arrive directement au coeur de la ville, et une grande partie du séjour peut s’effectuer à pied depuis la gare.
En Normandie, certains sites touristiques ont commencé à valoriser ce mode d’arrivée. Le musée Juno Beach a ainsi accueilli environ 3 000 visiteurs venus sans voiture lors de la saison en cours, grâce à des réductions accordées aux personnes arrivant en train, en bus ou à vélo.
L’attractivité d’un hôtel se joue aussi dans dix ans
Vendeville projette l’enjeu sur un horizon de dix à quinze ans. Dans certaines régions, des campings réduisent déjà fortement leur consommation d’eau pour continuer à ouvrir leurs piscines durant l’été. Cette contrainte n’est donc plus abstraite.
L’énergie pose la même question de manière encore plus directe. Si le prix de l’énergie double ou triple, une adresse qui n’a pas anticipé cette évolution se retrouve sans capacité de projection ni de stabilité tarifaire.
À Deauville, le tourisme d’affaires concentre une part croissante de cette pression. Les entreprises qui organisent congrès et séminaires cherchent des destinations capables de démontrer leurs engagements. Hôtels, centres de congrès et lieux culturels forment désormais une chaîne où chaque maillon doit répondre à ces attentes. La prochaine étoile d’un établissement pourrait bien être verte.




