Il existe, au cœur du XVIe arrondissement parisien, une terrasse cachée d’un palace que peu de Parisiens soupçonnent. Ce jardin privatif du Shangri-La Paris, avenue d’Iéna, dissimule l’un des déjeuners dominicaux les plus singuliers de la capitale.
Un palace ancré dans une histoire familiale hors du commun
Le Shangri-La Paris n’occupe pas un immeuble ordinaire. Cet hôtel particulier du 10, avenue d’Iéna fut jadis la demeure du prince Roland Bonaparte, né en 1858, petit-fils de Lucien Bonaparte, frère de Napoléon Ier.
Or Roland Bonaparte n’était pas seulement un héritier illustre. Géographe, botaniste et grand homme de sciences, il avait constitué une bibliothèque personnelle de quelque 150 000 ouvrages, dont une partie occupait plusieurs ailes du bâtiment.
Dès lors, comprendre l’esprit du restaurant Maison Roland devient évident. Ce prénom emprunté à l’ancien maître des lieux n’est pas un simple clin d’œil décoratif. Il pose un cadre intellectuel et bourgeois que l’ensemble de la table décline avec cohérence.
Ainsi, nulle banquette rouge ni ardoise goguenardes ici. En revanche, des nappes blanches, de la porcelaine de Gien, de l’argenterie et un service structuré composent l’atmosphère de cette maison.
La terrasse cachée d’un palace face à la tour Eiffel
Ce qui distingue ce lieu de tout autre restaurant de palace parisien, c’est d’abord son jardin. Par beau temps, la terrasse cachée de ce palace s’ouvre sur une vue directe et proche de la tour Eiffel, sans que la Dame de fer n’écrase le paysage.
Par conséquent, le sentiment de rupture avec le bruit de la ville est quasi immédiat. Le XVIe déploie pourtant ses façades sévères et ses avenues larges tout autour, mais le jardin du Shangri-La fonctionne comme une parenthèse préservée.
Cette adresse partage d’ailleurs sa place avec le musée Guimet, situé à quelques pas, et la place d’Iéna. Néanmoins, rien de cela ne filtre une fois installé sous les arbres de ce jardin.
Car cette terrasse dissimulée au fond d’un palace n’offre pas seulement un panorama. Elle impose un rythme différent, celui d’un après-midi suspendu, loin du tumulte.
Ce que le déjeuner du dimanche propose concrètement
Chaque dimanche, Maison Roland propose une formule à 138 euros par personne, coupe de champagne et amuse-bouches inclus. La mécanique du repas repose ensuite sur des entrées déposées à table pour être partagées, avant de choisir plat, garniture et dessert.
Les entrées arrivent en procession et dessinent déjà un registre précis. Gaspacho de tomates, cœur d’artichaut en vinaigrette avec figues et ricotta, maquereau à la moutarde et pommes de terre tièdes, puis pâté en croûte.
Ce dernier mérite une attention particulière. Alors que le pâté en croûte connaît un retour spectaculaire sur les tables parisiennes, Maison Roland en propose une version aboutie, bien loin des buffets de famille où il végétait encore récemment.
- Gaspacho de tomates en entrée partagée
- Cœur d’artichaut, figues et ricotta en vinaigrette
- Maquereau à la moutarde, pommes de terre tièdes
- Pâté en croûte travaillé avec soin
- Quasi de veau à la crème et aux cèpes en plat principal
- Petits farcis végétariens au boulgour et crottin de Chavignol
Pour les plats, deux options s’affrontent sans vainqueur évident. D’un côté, le quasi de veau à la crème et aux cèpes, rosé à point, d’une tendreté maîtrisée. De l’autre, les petits farcis végétariens au boulgour et au crottin de Chavignol, qui n’ont rien d’un choix par défaut.
Les garnitures prolongent ce vocabulaire classique et généreux. Haricots verts en persillade, salade verte, frites, purée de pommes de terre et riz de Camargue composent une palette rassurante et bien exécutée.
Des desserts sans esbroufe et une carte pour aller plus loin
La carte des desserts propose île flottante, crème caramel à la vanille de Madagascar ou mousse au chocolat. Cette dernière retient l’attention par sa texture ferme et aérienne à la fois, généreuse sans être lourde.
Par ailleurs, la carte permet d’aller plus loin dans le registre du luxe. Plateau de fruits de mer en supplément, côte de bœuf sauce Périgueux pour deux, fromages affinés ou caviar constituent des options disponibles pour ceux qui souhaitent prolonger l’expérience.
Le restaurant Maison Roland est par ailleurs ouvert tous les jours de 12h à 22h, et pas seulement le dimanche. La formule dominicale, elle, court de 12h à 16h. Les réservations s’effectuent au 06 61 86 56 86 ou directement sur le site du Shangri-La Paris.
Pourquoi cette terrasse cachée d’un palace mérite encore de progresser
Cette terrasse dissimulée au cœur d’un palace du XVIe possède déjà de nombreux atouts en place pour une table encore récente. Le cadre, la cuisine et l’organisation du repas fonctionnent avec une solidité certaine.
Cependant, une marge de progression existe. Ce lieu gagnerait à installer davantage de chaleur et de naturel dans la relation avec ses hôtes, pour que le plaisir de table rejoigne pleinement celui du jardin.
Car le jardin, lui, est déjà remarquable. On y regarde la tour Eiffel changer doucement de lumière au fil des heures, depuis cette terrasse cachée d’un palace que Paris garde encore jalousement pour quelques initiés – et pour ceux qui savent désormais où chercher.




