Dans les Cyclades, l’île d’Ios ne mesure que 17 km de long, pourtant elle concentre un nombre surprenant d’atouts. Située à une heure de Santorin, cette île de l’archipel égéen combine des plages de sable parmi les plus belles de la mer Égée, un relief aride ponctué de criques sauvages et un bâti encore limité. Sa réputation d’île de la fête ne doit pas tromper : Ios reste une destination relativement authentique, bien loin du bling-bling de Mykonos.
Chora, une ville blanche suspendue au-dessus du port
Contrairement à la plupart des îles des Cyclades, le port ne constitue pas la ville principale. La ville de Chora est un amoncellement de cubes blancs et beiges accrochés à un monticule qui surplombe le port. Son sommet rocheux est parsemé de chapelles miniatures aux dômes arrondis.
Y admirer le coucher de soleil sur la baie se gagne au terme d’un jeu de piste dans un dédale de passages improbables, d’escaliers étroits et d’un enchevêtrement de constructions imbriquées les unes dans les autres, surlignées d’un trait de chaux. Au détour d’une ruelle, une exposition des clichés noir et blanc du photographe germanique Christian Diener donne vie à une Ios des années 70 à travers des portraits saisissants.
Ainsi, Chora offre bien plus qu’un simple décor cycladique. Les 13 moulins qui la surplombent témoignent d’une activité agricole intense, rythmée par les vents qui soufflent sur les Cyclades à la fin de l’été.
« Intemporelle et sauvage, plantée de palmiers et bordée par une mer pailletée, Ios tente de s’engager dans un tourisme moderne vert et connecté. »
Art contemporain et patrimoine hellénistique
Il aura fallu deux décennies pour concrétiser le projet du musée consacré à Iannis Gaïtis et Gabriella Simossi, un couple d’artistes contemporains nourri d’inspiration cubiste et surréaliste entre Athènes et Paris. Le musée est une merveille architecturale au sommet d’une colline dominant Chora et le port. Les œuvres se distinguent par leur modernisme pétri de mythologie grecque.
En contrebas du musée, un amphithéâtre de marbre rénové sur les ruines d’un monument hellénistique, ouvert sur la mer, accueille des spectacles musicaux avec une acoustique parfaite. De plus, l’île affirme son identité culturelle à travers des vélos électriques, des randonnées balisées et des QR codes culturels qui singularisent son offre.
Randonnées, sentiers anciens et tombe d’Homère
Cinq sentiers de randonnée balisés courent le long de chemins anciens utilisés, pour certains, il y a 4 000 ans. L’un d’entre eux longe le site archéologique de Skarkos, couronné du prix du patrimoine de l’Union européenne. Ce site hélicoïdal « en escargot » est l’un des sites préhistoriques majeurs de la mer Égée.
Six itinéraires de découverte complètent le tableau. Le plus émouvant mène par la route en direction de Plakotos, au nord-ouest de l’île, face à la mer, dans un environnement pierreux balayé par les vents. C’est là que reposerait Homère, selon les écrits d’Hérodote et de Pausanias, l’aède légendaire de l’Iliade et de l’Odyssée, père de la littérature occidentale.
- Cinq sentiers de randonnée balisés sur des chemins vieux de 4 000 ans
- Le site archéologique de Skarkos, prix du patrimoine de l’Union européenne
- Six itinéraires de découverte dont celui menant à la tombe présumée d’Homère
- Vélos électriques et QR codes culturels pour un tourisme vert et connecté
- Un amphithéâtre de marbre rénové sur des ruines hellénistiques, ouvert sur la mer
Manganari et les 44 plages aux fonds pailletés
Ios compte 44 plages qui se déploient le long de 87 km de côte. Toutes scintillent d’une façon particulière, car la poussière de schiste du sol se mêle au sable et parsème les fonds marins de paillettes dorées. Certaines ne sont accessibles qu’à pied ou en bateau.
La plus fameuse est celle de Manganari, à la pointe sud-est de l’île. Reliée par l’unique ruban d’asphalte qui traverse Ios à travers des paysages lunaires, Manganari est le décor immortalisé par Luc Besson : une triple baie de sable léchée par des eaux translucides où s’ébattaient les dauphins du Grand Bleu.
Un art de vivre ancré dans le terroir et les savoir-faire
Avec peu, les anciens ont su créer un art de vivre minimaliste. La gastronomie traditionnelle d’Ios évolue au fil des saisons, et la jeune génération a à cœur de perpétuer ces savoir-faire. Les étendues de garrigue vierge qui couvrent la grande majorité de l’île forment un jardin botanique à ciel ouvert : les herbes aromatiques y poussent à foison, les troupeaux s’éparpillent entre figuiers et oliviers, les eaux poissonneuses fournissent l’essentiel.
Ainsi, l’art s’invite aussi à table. À Diaseli, au sommet de la colline sur la route de Manganari, Héléni et Dimitri proposent une dégustation de fromages et perpétuent un art hérité de génération en génération. Leur maison familiale et leur atelier ancestral donnent un aperçu de la vie dans l’île avant l’arrivée des premiers visiteurs, il y a 50 ans.
Pour les achats de produits locaux, Mosenta propose un atelier sur le port et une échoppe au centre de Chora. On y trouve feuilleté à la pastèque, nougat de miel et de sésame, huile aux herbes aromatiques, câpres, biscuits parfumés et figues sèches. C’est une dernière étape idéale avant de reprendre le ferry.
Pour rejoindre Ios, des liaisons régulières de bateau partent depuis le port du Pirée (6 heures de trajet) et depuis les îles environnantes : Santorin, Paros, Naxos, la Crète. Dans les Cyclades, peu d’îles offrent une telle densité d’expériences sur un si petit territoire. En 2026, Ios confirme sa place de destination à part dans l’archipel grec, loin des foules et proche de l’essentiel.
Où loger : Le Farout Hôtel & Spa, adossé à la colline et ouvert sur la plage de Mylopotas, propose une architecture cycladique, une piscine avec vue, du tennis et un service de massages, ainsi que la possibilité de louer un véhicule ou un bateau. À partir de 150 € la nuit.
Où manger : L’Octopus Tree, au bout du port, offre une cuisine et une ambiance familiales dans un décor simple. The Nest propose des recettes familiales et des produits du terroir dans le labyrinthe du centre de Chora. Enigma, sur la jetée face à la marina, est une valeur sûre depuis 1987, avec des poissons frais et des recettes traditionnelles revisitées.



