De la confection de chapeaux à la haute couture, Gabrielle Chanel a bâti l’une des maisons de mode les plus influentes au monde. Née en 1883 à Saumur, orpheline à 12 ans, elle a transformé la façon dont les femmes s’habillent. Retour sur l’histoire d’une griffe qui a su traverser les époques sans jamais perdre son style.
Des origines modestes à une révolution de la mode
Gabrielle Chanel commence à travailler dès l’âge de 20 ans dans un magasin de confection. Cinq ans plus tard, elle rencontre Arthur Capel, dit « Boy », et le rejoint à Paris. Elle y ouvre son premier atelier de confection de chapeaux, et le succès arrive rapidement.
Ainsi, elle ouvre un second magasin près de la place Vendôme, puis un troisième à Deauville et un autre à Biarritz. Elle se tourne alors vers la couture et trouve son public auprès d’une clientèle fortunée. Surnommée Coco Chanel, elle lance la mode des cheveux courts et remplace le corset par de simples robes et tailleurs.
Par ailleurs, c’est elle qui crée la fameuse petite robe noire, une couleur jusqu’alors réservée au deuil. Cette décision marque un tournant dans l’histoire de la mode féminine. La créatrice rencontre dès lors un succès exceptionnel.
Le N°5 et les premières icônes de la maison
En 1921, la maison lance le N°5, premier parfum d’une longue série. Ce flacon, composé de quatre-vingts ingrédients, devient incontournable. Marilyn Monroe lui offre une publicité inattendue en déclarant dormir avec « quelques gouttes de Chanel N°5 ».
« La mode se démode, le style jamais. »
Une ligne de joaillerie arrive quelques années plus tard. Après la Seconde Guerre mondiale, Coco Chanel quitte la France pour s’exiler en Suisse, laissant derrière elle ses boutiques et ses 4 000 ouvrières. Elle revient pourtant à Paris en 1954, à l’âge de 70 ans, et rouvre sa boutique au 31 rue Cambon.
- La petite robe noire, créée par Coco Chanel, brise le code couleur du deuil
- Le N°5, lancé en 1921, se compose de quatre-vingts ingrédients
- Le sac matelassé et les ballerines bicolores à bout noir sont lancés dès 1954
- Karl Lagerfeld prend la direction artistique de la maison en 1983
- La maison est présente sur quatre marchés du luxe : haute couture, parfum, joaillerie et cosmétiques
Un style à contre-courant, entre blanc, noir et tweed
La mode de la maison obéit à un concept simple : élégance et simplicité. Le style s’articule autour du blanc et du noir. Les colliers de perles et les tailleurs en tweed habillent une femme libérée des contraintes, mais raffinée.
Toujours à contre-courant, Coco Chanel a permis aux femmes de s’émanciper des diktats de la mode tout en restant élégantes. Le flacon du N°5 reprend d’ailleurs cette idée de simplicité efficace, identifiable, mais pas tape-à-l’œil. Le caractère bien trempé de la créatrice, ainsi que la perte prématurée et accidentelle de son grand amour, donnent à ses créations une force particulière.
De plus, la maison se distingue par sa volonté de préserver l’artisanat. Elle consacre un soin particulier à ses artisans, comme le brodeur Lesage ou l’orfèvre Goossens. Elle va même jusqu’à racheter leurs ateliers pour leur permettre de continuer leur travail dans les conditions nécessaires à la fabrication de produits ultra-luxe.
Par ailleurs, la griffe se démarque dans la publicité en créant, en 2004 et 2009, de véritables courts-métrages en l’honneur du N°5. La maison est ainsi présente sur quatre marchés du luxe : la haute couture, le parfum, la joaillerie et la ligne cosmétiques.
Karl Lagerfeld, gardien de l’esprit Mademoiselle
Après la mort de la créatrice en 1971, la maison connaît dix ans de flottement. Cette période est rapidement balayée par l’arrivée de Karl Lagerfeld en 1983. Il impose son style tout en respectant scrupuleusement l’esprit de Mademoiselle Chanel, et signe notamment la montre Chanel Première.
Provocateur, il déclare à propos de ses débuts : « C’était la première fois où une marque est redevenu un truc de mode. Même la reine d’Angleterre avait dit « It’s like walking in a painting », et ça je n’oublierai jamais. » Le 19 février 2019, Karl Lagerfeld s’éteint, laissant derrière lui une ère visionnaire.
La maison après Lagerfeld : renouveau et héritage
Virginie Viard, ancien bras droit du créateur, reprend alors les rênes de la direction artistique. Le 3 mai 2019, la maison dévoile sa collection croisière 2020 sous les ors du Grand Palais transformé en gare ferroviaire. Les boots bicolores présentées lors du show deviennent ainsi un must-have dans les mois qui suivent.
La ligne cosmétique affirme des valeurs d’inclusivité à travers une campagne mettant en scène Teddy Quinlivan, premier mannequin transgenre à incarner une égérie Chanel Beauté. De son côté, le sac 19, imaginé sous les derniers traits de Karl Lagerfeld et présenté en 2019 rue Cambon, s’impose comme un nouvel incontournable face à l’emblématique 2.55.
Le lien avec la danse perdure, lui aussi. Cet héritage est né en 1913 lorsque Coco Chanel assiste par hasard à une représentation du Sacre du Printemps. Des égéries nouvelle génération, parmi lesquelles Kaia Gerber, Angèle, Gigi Hadid et Janelle Monáe, posaient en mars 2020 sous l’objectif du duo Inez & Vinoodh.
Après plus de trente ans au sein de la maison, dont cinq en tant que directrice artistique, Virginie Viard quitte la griffe le 6 juin. Son dernier défilé haute couture automne-hiver 2024-2025 se tient à l’Opéra Garnier. Pour l’instant, la maison n’a donné aucun nom pour son prochain directeur artistique.
« , »meta_description »: »De la petite robe noire au N°5, Chanel a libéré les femmes du corset et forgé un style intemporel. Retour sur une histoire fondatrice. »}




