Derrière la façade en pierre blanche du palace parisien Shangri-La Paris, avenue d’Iéna dans le 16e arrondissement, se cache une histoire princière que peu de palaces parisiens peuvent égaler. Ce bâtiment au passé fascinant fut jadis la demeure personnelle du prince Roland Bonaparte, petit-neveu de l’empereur Napoléon Ier.
Un prince passionné de sciences à l’origine du palace parisien Shangri-La Paris
Roland Bonaparte hérite d’une fortune immense grâce à son épouse, Marie-Félix Blanc. Celle-ci était la fille de François Blanc, fondateur du casino de Monte-Carlo et de la Société des bains de mer de Monaco.
La jeune femme disparaît pourtant un mois après la naissance de leur unique enfant, Marie. Cette perte tragique marque durablement le destin familial qui se jouera, pour l’essentiel, dans cet hôtel particulier.
Le prince Roland aurait aimé faire carrière dans l’armée. Cependant, une loi adoptée quand il avait 28 ans interdit aux membres des familles ayant régné sur la France de servir sous les drapeaux. Dès lors, il se tourne entièrement vers les sciences.
Géographe, géologue, spéléologue et pionnier de l’anthropologie, il se passionne notamment pour la botanique. Il constitue alors le plus grand herbier privé au monde, fort de quelque 2,5 millions d’échantillons couvrant près de 100 000 espèces végétales au moment de sa mort.
Un hôtel particulier conçu pour abriter une vie et des collections hors du commun
En 1892, Roland Bonaparte charge l’architecte Ernest Janty de bâtir un vaste hôtel particulier dans le quartier parisien de Chaillot. Le choix de l’avenue d’Iéna, artère ouverte en 1858 en mémoire de la victoire napoléonienne de 1806 contre la Prusse, n’est sans doute pas anodin.
Le bâtiment s’achève en 1896. Il réunit sous un même toit le logement du prince et de sa fille, ses riches collections naturalistes et une bibliothèque qui comptera jusqu’à 150 000 volumes.
Le bâtiment principal s’élève sur trois étages, dont le dernier sous combles mansardées. Un second corps de bâtiment, en contrebas côté rue Fresnel, abrite les communs, la bibliothèque et le cabinet de travail du prince, articulés autour d’une cour centrale à quatre ailes.
Partout dans les pièces, les symboles napoléoniens s’imposent avec force. Aigles, abeilles impériales, couronnes, portraits de l’empereur et la lettre N entourée de lauriers ornent façades et intérieurs, rappelant sans équivoque l’illustre lignée du propriétaire.
- Façades et toitures classées Monuments historiques le 10 février 2009
- Escalier d’honneur et sa cage, paliers compris, protégés au même titre
- Galerie, rotonde, fumoir et salle de billard au rez-de-chaussée classés
- Grand salon, salle à manger, salon bleu et salon de famille au premier étage protégés
- Salon du prince au deuxième étage inclus dans le périmètre des Monuments historiques
Marie Bonaparte, une fille illustre dans les murs de son enfance
La princesse Marie Bonaparte grandit entre ces murs chargés d’histoire et de science. Elle y revient régulièrement après son mariage en 1907 avec le prince Georges de Grèce et de Danemark, second fils du roi des Hellènes Georges Ier.
C’est dans cet hôtel particulier qu’elle choisit de mettre au monde ses deux enfants. Le prince Pierre y naît le 3 décembre 1908, puis la princesse Eugénie le 10 février 1910.
Par ailleurs, Marie Bonaparte laisse une empreinte bien au-delà de sa lignée royale. Disciple et amie de Sigmund Freud, elle joue un rôle financier décisif dans l’essor de la psychanalyse française, restant ainsi dans l’histoire des sciences de l’esprit.
Du palace parisien Shangri-La Paris à la restauration d’un chef-d’œuvre architectural
L’histoire princière du bâtiment prend fin en 1925, un an après la mort de Roland Bonaparte, survenue le 14 avril 1924. Sa fille Marie vend alors l’hôtel particulier à la compagnie universelle du canal maritime de Suez.
L’architecte Michel Roux-Spitz agrandit ensuite le bâtiment principal, en ajoutant plusieurs étages en gradins tout en respectant le style architectural d’origine. En 1942, l’État français acquiert l’ensemble et y installe le siège d’Ubifrance, l’agence dédiée au développement international des entreprises françaises.
En 2002, le groupe hôtelier d’origine malaisienne basé à Hong Kong, Shangri-La, rachète le bâtiment. Son ambition est d’y créer un établissement offrant une vue directe sur la Seine et la Tour Eiffel, à deux pas du Trocadéro.
Les travaux, conduits sous la direction de l’architecte Richard Martinet et du décorateur Pierre-Yves Rochon, durent quatre ans. Leur défi consiste à restituer les éléments disparus ou masqués au fil des décennies, dans un bâtiment aux volumes considérables – 200 000 m² au total.
Le palace parisien Shangri-La Paris ouvre ses portes en décembre 2010. À l’été 2014, il obtient la distinction officielle de palace, consacrant ainsi quatre années de restauration méticuleuse.
L’ombre du prince Roland, présente dans chaque espace du Shangri-La Paris
Aujourd’hui, en 2026, l’esprit du prince continue de traverser chaque couloir de cet établissement. La suite baptisée «L’appartement du prince» occupe précisément ses anciens espaces résidentiels au deuxième étage.
Deux des trois restaurants lui rendent hommage de façon distincte. Les «Salons du prince» prennent place dans les salons classés Monuments historiques, tandis que le bistrot «Maison Roland» investit le jardin de l’ancienne demeure.
Le «bar botaniste» mérite, par ailleurs, une attention particulière. Ses trois lounges s’installent dans les anciens fumoir, billard et salon d’attente du prince, là où il recevait jadis ses collègues scientifiques. La passion botanique de Roland Bonaparte inspire directement la carte des cocktails, où capucine, feuille de figue, géranium, réglisse et sauge se glissent dans les verres. De l’herbier privé le plus riche du monde au verre posé sur le comptoir, la transmission prend ici une forme inattendue et concrète.




