Septembre 2026 remet Paris au centre du monde de l’art, avec une concentration rare d’expositions à Paris qui couvre aussi bien la peinture impressionniste oubliée que le pop art américain, le surréalisme ou la figuration contemporaine africaine. Six rendez-vous s’imposent ce mois-ci, chacun portant une promesse différente pour le visiteur.
Des artistes femmes enfin célébrées comme elles le méritent
L’une des tendances fortes de cette rentrée, c’est la mise en lumière de peintres longtemps tenues à l’écart des grands récits. Au Petit Palais, Eva Gonzalès fait l’objet d’une première monographie d’envergure, à partir du 15 septembre et jusqu’au 24 janvier 2027. Lancée dans la peinture à 16 ans, cette artiste impressionniste s’est formée dans l’atelier d’Édouard Manet, dont elle a épousé le graveur Henri Guérard. Disparue prématurément en 1883 à l’âge de 36 ans, elle laissait pourtant une trace profonde dans le mouvement impressionniste. Tombée dans l’oubli, son œuvre renaît grâce au Petit Palais, avec le soutien du musée d’Orsay, qui conserve dans sa collection la toile La loge aux italiens.
Dans le Marais, la galerie Les Filles du Calvaire accueille Earth and sky, première exposition personnelle en France de la Tanzanienne Sungi Mlengeya, à partir du 5 septembre et jusqu’au 24 octobre 2026. Née en 1991 à Dar es Salaam, cette artiste autodidacte peint des femmes noires aux corps fragmentés par de grandes plages blanches sur la toile. Loin d’exprimer une angoisse, ces vides incarnent, selon elle, la liberté dont font preuve les femmes qui l’entourent. L’exposition, pensée sous le commissariat de Daudi Karungi de l’Afriart Gallery de Kampala, prend racine dans un deuil : la disparition de sa mère au printemps 2025, celle-là même qui l’avait encouragée à embrasser une vie créative. Sélectionnée par Apollo 40 Under 40 Africa en 2020 et présente à Art Basel Miami en 2021, Mlengeya s’impose comme l’une des voix majeures de la peinture africaine contemporaine.
Chez Almine Rech, c’est Leonora Carrington qui occupe les cimaises, du 8 septembre au 10 octobre 2026. Née en 1917 dans le Lancashire, cette artiste surréaliste a traversé la Deuxième Guerre mondiale, dont une période d’enfermement dans une prison psychiatrique de l’Espagne franquiste. Peintre, sculptrice, autrice, créatrice de tapisseries : son œuvre totale fut longtemps sous-estimée avant d’être redécouverte en 1991 lors d’une rétrospective à la Serpentine Gallery de Londres. L’exposition, intitulée L’art des transmutations, prolonge le travail entamé par le musée du Luxembourg ce printemps et place les métamorphoses au cœur du propos.
Le dessin et la ligne, fils conducteurs de deux grandes expositions à Paris
La galerie Chantal Crousel ouvre la saison dès le 5 septembre avec Glade / Clairière, une exposition de Wolfgang Tillmans centrée sur la notion de ligne. Jet d’eau, tracé d’une ligne de métro aérien, dessin des poils sur une jambe : dans ses photographies, la ligne prend des formes multiples. L’exposition va plus loin en présentant une installation sculpturale composée de grandes boucles de cordage industriel disposées au sol, ce qui permet de faire dialoguer le versant figuratif et le versant conceptuel de l’œuvre de l’artiste allemand. À voir jusqu’au 10 octobre 2026.
Au musée du Luxembourg, Andy Warhol, la ligne et l’image propose un angle similaire mais radicalement différent dans son objet. L’exposition, imaginée par l’historien de l’art Alain Cueff, s’ouvre le 15 septembre et court jusqu’au 10 janvier 2027. Elle remet le dessin au centre de l’œuvre de Warhol, une pratique souvent éclipsée par le succès de ses sérigraphies. En partant de la célèbre formule de l’artiste, « Je voudrais être une machine », le parcours s’installe en contrepoint de cette maxime pour raconter les premières années créatives d’un jeune Warhol pour qui le dessin était fondamental. Ces parisiennes expositions à Paris permettent ainsi de redécouvrir la star du pop art né à Pittsburgh en 1928 sous un jour moins connu, en amont du centenaire prévu en 2028.
Kerry James Marshall, soixante-dix œuvres pour réécrire l’histoire de l’art
Parmi les événements les plus attendus de ces expositions à Paris en septembre, le Musée d’Art Moderne accueille à partir du 18 septembre une rétrospective consacrée à Kerry James Marshall, peintre américain installé à Chicago. L’exposition, intitulée The Histories, a été organisée par la Royal Academy of Arts de Londres, en collaboration avec le Kunsthaus de Zurich. Elle réunit soixante-dix œuvres, dont huit peintures inédites réalisées spécialement pour l’occasion.
Le parcours suit une logique chronologique, depuis les premières œuvres matures des années 1980 jusqu’aux créations récentes portant sur la traite négrière transatlantique. Entre les deux, la série Souvenirs (1997-1998) met en lumière l’engagement de l’artiste pour les droits civiques. Marshall a construit toute sa carrière autour d’un geste fort : introduire des figures noires là où elles étaient absentes de l’histoire de l’art occidental. Sa fresque Rush More (2017), réinterprétation du mémorial du Mount Rushmore avec cinq femmes noires dont Oprah Winfrey et l’artiste Margaret Burroughs, illustre parfaitement cette démarche. L’exposition est à voir jusqu’au 24 janvier 2027.
- Glade / Clairière, Wolfgang Tillmans, galerie Chantal Crousel, du 5 septembre au 10 octobre 2026
- Earth and sky, Sungi Mlengeya, galerie Les Filles du Calvaire, du 5 septembre au 24 octobre 2026
- L’art des transmutations, Leonora Carrington, galerie Almine Rech, du 8 septembre au 10 octobre 2026
- Andy Warhol, la ligne et l’image, musée du Luxembourg, du 15 septembre 2026 au 10 janvier 2027
- Eva Gonzalès, parcours d’une artiste libre, Petit Palais, du 15 septembre 2026 au 24 janvier 2027
- The Histories, Kerry James Marshall, Musée d’Art Moderne, du 18 septembre 2026 au 24 janvier 2027
Ces six expositions à Paris couvrent des territoires artistiques très différents, mais partagent un point commun : elles invitent à regarder autrement des œuvres et des artistes dont l’histoire n’a pas toujours rendu justice. C’est précisément ce qui rend cette rentrée culturelle parisienne aussi dense et aussi nécessaire.
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