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28 798 tulipes jaunes : dans les coulisses des 45 ans de Carolina Herrera

28 798 tulipes jaunes : dans les coulisses des 45 ans de Carolina Herrera

Vingt-huit mille sept cent quatre-vingt-dix-huit tulipes jaunes alignées sur le bord du catwalk du David H. Koch Theater : c’est le détail qui dit tout de l’attention portée à chaque défilé de la maison new-yorkaise. Ce chiffre précis, révélé par le directeur artistique Wes Gordon, cache une anecdote intime. Deux tulipes manquaient à l’appel, cueillies par Henry et Georgia, ses jeunes enfants, venus assister aux répétitions avec leur père.

Wes Gordon et l’héritage Carolina Herrera : huit ans de succession réussie

Prendre les rênes d’une maison fondée par une créatrice encore vivante est l’un des exercices les plus périlleux de la mode américaine. Pourtant, depuis huit ans, Wes Gordon relève ce défi avec une constance rare. Il faut rappeler qu’il n’était pas encore né quand Carolina Herrera lançait sa griffe en 1981. La fondatrice lui a néanmoins confié la direction artistique, et le résultat est devenu l’une des rares réussites de succession dans ce secteur.

La maison habille désormais plusieurs générations au sein d’une même famille, des mères aux petites-filles. Cette capacité à traverser les âges sans perdre son identité est précisément ce qui distingue la marque dans le paysage de la mode américaine. En coulisses, Gordon résumait la portée de cet anniversaire avec une franchise directe : savoir qu’une femme, mère de quatre enfants, a non seulement survécu 45 ans dans un secteur très masculin, mais a bâti une présence mondiale dans la mode, les parfums, la beauté et les accessoires, mérite une reconnaissance pleine et entière.

Un défilé printemps-été 2027 construit comme un inventaire de signatures

La collection présentée pour le printemps-été 2027 fonctionnait comme un catalogue raisonné des codes stylistiques de la fondatrice. Dès l’ouverture, les pois noirs et blancs posaient le ton. La chemise blanche impeccable, pièce emblématique de la maison, était portée rentrée dans une ceinture de smoking sur un pantalon cigarette, associée à une jupe de bal en voile transparent. Gordon a aussi décliné cette chemise en robes-chemises épousant les hanches.

En clôture, une robe noire diaphane à l’encolure volantée concluait le parcours. Gordon la décrivait lui-même comme un modèle très Nan Kempner. Les broches dorées en forme de grenouille portaient, elles aussi, une signification précise : elles rendaient hommage au restaurant préféré de la créatrice, La Grenouille, à Manhattan. Chaque pièce fonctionnait donc comme un clin d’œil adressé à celles et ceux qui connaissent l’histoire de la maison.

Les collaborations avec Warhol et The New Yorker au cœur du défilé

La culture populaire des années 1980, époque des débuts de la griffe, a nourri plusieurs créations fortes de cette collection. En partenariat avec la Fondation Warhol, Gordon a conçu une robe droite reproduisant le célèbre portrait sérigraphié de Carolina Herrera réalisé par Andy Warhol. Ce rapprochement entre mode et art pop ancre la collection dans une époque précise tout en lui donnant une dimension culturelle immédiate.

De son côté, le partenariat avec le magazine The New Yorker a donné naissance à un t-shirt et à une robe en organza ornés de perles. Ces deux pièces reprennent l’illustration de couverture parue la semaine du tout premier défilé de la créatrice. Le rédacteur en chef David Remnick, rarement présent lors des défilés, occupait le premier rang aux côtés de Martha Stewart et de Tory Burch, affichant un air ravi.

  • 28 798 tulipes jaunes installées sur le catwalk du David H. Koch Theater
  • Une robe droite réalisée en collaboration avec la Fondation Warhol, reproduisant le portrait sérigraphié d’Andy Warhol
  • Un t-shirt et une robe en organza ornés de perles issus du partenariat avec The New Yorker
  • Des broches dorées en forme de grenouille en hommage au restaurant préféré de la fondatrice
  • La chemise blanche déclinée en robe-chemise et en look de smoking

Carolina Herrera, seule marque à revendiquer le territoire Uptown à New York

Dans le New York de 2026, la frontière entre Uptown et Downtown a largement perdu de sa netteté. Pourtant, depuis qu’Oscar de la Renta a quitté le calendrier new-yorkais, la maison occupe seule ce territoire d’exception. Gordon l’illustrait par une image concrète : un mannequin coiffé d’un foulard en sergé de soie, portant des lunettes de soleil XXL et un trench sans col, hèle un taxi sur Park Avenue. Cette silhouette résume à elle seule l’ADN de la marque, entre élégance urbaine et liberté de mouvement.

Quarante-cinq ans après ses débuts, Carolina Herrera s’impose donc comme une référence durable dans la mode américaine, portée par une succession qui a su préserver l’essence de la fondatrice tout en l’ancrant dans le présent. Gordon, de son côté, espère que celle qui a tout construit en éprouve de la fierté.