PAPAPA, quand Victor Hugo passe de la littérature à l’assiette
Derrière les murs de la Maison de Victor Hugo, un nouveau lieu invite désormais les visiteurs à découvrir l’écrivain autrement. Depuis le 1er septembre 2026, le café PA a choisi un nom particulièrement intime. « Papapa » était le surnom donné à Victor Hugo par ses petits-enfants, Jeanne et Georges. L’écrivain lui-même l’évoquait avec tendresse : « Maintenant je m’appelle Papapa. Deux fois un père, plus qu’un grand-père. »
Cette dimension familiale est au cœur du projet. Le visiteur est accueilli dans un espace qui cherche moins à reconstituer un décor historique qu’à faire ressentir une atmosphère. Un grand portrait de Victor Hugo entouré de ses petits-enfants rappelle cette place particulière accordée à la famille et à la jeunesse.
Une autre façon d’entrer chez Victor Hugo
Le café ne cherche pas à concurrencer le musée. Il en constitue plutôt un prolongement.
La salle baignée de lumière et le jardin arboré offrent une parenthèse à l’écart de l’agitation de la place des Vosges. Le café est d’ailleurs accessible sans avoir à acheter un billet pour visiter le musée.
À l’intérieur, les références à l’écrivain apparaissent par touches : assiettes décorées de ses dessins et de ses « chinoiseries », éléments inspirés du mobilier de ses appartements et portrait familial. L’objectif est de prolonger l’univers de Victor Hugo sans transformer le café en salle supplémentaire du musée.
Le décor a été imaginé par les designers Pablo Aviges et Juliette Nobile, diplômés de l’École Boulle, avec les architectes Jordan Souchet Moreau et Marc Rousseau. L’identité graphique est signée Alice Missonnier. Le projet s’appuie sur un travail de recherche consacré à la vie et à l’œuvre de l’écrivain, mené par les Éditions Délicieuses, aujourd’hui chargées du lieu.
Dans l’assiette, une géographie hugolienne
Mais c’est probablement dans la carte que l’hommage à Victor Hugo devient le plus concret.
Chaque recette fait référence à un lieu lié à l’écrivain ou à l’un des personnages de son œuvre. Le Cotentin occupe une place importante, tout comme Guernesey, où Hugo connut l’exil, tandis que l’Espagne rappelle une autre période de son histoire. La Maison de Victor Hugo présente cette cuisine comme une cuisine simple, locale et de saison, inspirée à la fois des recettes de famille, des voyages et des œuvres de l’auteur.
Les noms des plats donnent à la carte des allures de petit dictionnaire hugolien.
Le Gavroche, proposé à 6,50 €, prend la forme d’un petit pavé aux graines accompagné de concombre, de jambon Prince de Paris, de mimolette d’Isigny, de salade et de beurre salé d’Isigny. Une version végétarienne est également proposée.
Fantine, à 13 €, devient une tarte aux poireaux, carotte, chèvre et sarrasin, servie avec une salade d’herbes.
Plus loin, Casimodo — inspiré du « Bean Jar », spécialité de Guernesey — associe haricots blancs, carotte, jarret de bœuf, laurier et thym.
Et puis il y a Kraken, l’une des propositions les plus maritimes de la carte : une brioche toastée au beurre noisette, garnie de chair de crabe, de pomme et de beurre d’algue, affichée à 24 €.
Le choix des produits suit la même logique de proximité. Les huîtres proposées le week-end proviennent de Chausey, tandis que les laitages et le beurre viennent d’Isigny Sainte-Mère. La carte privilégie les produits de saison et les circuits courts.
Le goût de la Normandie pour finir
La partie sucrée poursuit le voyage.
Impossible de parler de Normandie sans évoquer la teurgoule, ce riz au lait à la cannelle cuit au four, ici servi avec caramel et chantilly pour 9 €. Le douillon de poire, accompagné de crème d’Isigny, est proposé à 7 €, tandis que le mirliton, aux myrtilles, à la pomme ou nature, coûte 5 €.
Les boissons prolongent elles aussi la géographie hugolienne. Jus de pomme, cidres et pommeaux du Père Mahieu font référence au Cotentin. Les bières du Cotentin Les Travailleurs de l’Amer évoquent le roman écrit par Victor Hugo à Guernesey. Même le vin trouve sa place dans cette histoire : la syrah L’Aube du Domaine Courbis fait écho à l’univers poétique des Contemplations.
Un café entre littérature et quotidien
Ce qui distingue PAPAPA tient finalement moins à l’idée de manger « chez Victor Hugo » qu’à la manière dont le lieu transforme une figure littéraire en expérience quotidienne.
On peut y venir après une visite des appartements de l’écrivain, mais aussi simplement pour déjeuner, prendre un café ou s’installer dans le jardin. Le lieu est pensé comme une pause, un espace où l’on peut ouvrir un livre, discuter ou simplement s’éloigner quelques instants de l’agitation du Marais. La Maison de Victor Hugo présente d’ailleurs PAPAPA comme un endroit où prendre le temps de « déconnecter ».
Cette volonté rejoint une tendance plus large : celle des maisons-musées qui cherchent à dépasser la seule contemplation des collections pour proposer une expérience plus immersive. À PAPAPA, cette immersion passe par les objets, les couleurs, les recettes et surtout par les histoires auxquelles elles renvoient.
Le pari est finalement assez simple : faire entrer Victor Hugo dans le quotidien sans le réduire à une statue ou à un portrait accroché au mur.
Un déjeuner devient ainsi une promenade dans le Cotentin. Un plat de haricots fait voyager jusqu’à Guernesey. Un biscuit rappelle ses dessins. Un prénom de personnage transforme une recette en clin d’œil littéraire.
Et dans le jardin caché derrière la place des Vosges, le « Papapa » de Jeanne et Georges semble retrouver, le temps d’un café, une dimension plus familière : celle d’un écrivain devenu grand-père, amateur de voyages, de paysages, de famille et de plaisirs simples.
PAPAPA — Maison de Victor Hugo
6, place des Vosges, 75004 Paris.
Ouvert du mardi au dimanche, de 10 h à 18 h.
L’accès au café est libre et ne nécessite pas de billet pour visiter le musée.




