Une abeille malicieuse, des champs de roses baignés de lumière et Paris en toile de fond : c’est ainsi que le parfum Miss Dior fait son entrée dans le cinéma d’animation. Le studio français Remembers, dirigé par le réalisateur Ugo Bienvenu, signe un film entièrement créé à la main, d’une douceur et d’une précision rares.
Un savoir-faire artisanal au service de la maison Dior
Pour donner vie à ce projet, Remembers a choisi une technique devenue rare dans le paysage de l’animation contemporaine. Les décors sont peints à la gouache selon une méthode japonaise artisanale héritée des années 1980. Ce procédé minutieux génère une richesse de textures et de lumière que les outils numériques reproduisent difficilement.
La décoratrice Louise Seynhaeve, qui a réalisé l’ensemble des décors, décrit un travail en deux temps : les couleurs sont d’abord diluées, puis progressivement enrichies par un travail très précis des détails. Elle résume cette approche en disant qu’on a l’impression de pouvoir sculpter la lumière. Pour la productrice et superviseuse artistique Joséphine Mancini, ce choix fait directement écho aux esquisses de Christian Dior et au temps long propre à la haute couture.
Ce positionnement artisanal prend une dimension particulière en 2026, dans un contexte visuel de plus en plus marqué par l’intelligence artificielle. Le film s’impose ainsi comme une réponse concrète et sensible à cette tendance, en valorisant un geste humain et patient.
Les trois temps d’un récit construit autour de l’histoire du parfum
Avant de lancer la production, les équipes de Remembers se sont plongées dans les archives de la maison pour comprendre les origines de Miss Dior. Ce travail de recherche a nourri un scénario structuré en trois parties distinctes.
- Les souvenirs liés à la création du parfum, dont la nuit provençale qui en fut l’inspiration.
- La relation entre Christian Dior et sa sœur Catherine, jusqu’au défilé fondateur du New Look.
- Un hommage aux campagnes publicitaires qui ont construit la légende du parfum, dont celle où Miss Dior s’envole avec des ballons sur fond de Paris.
- Les lieux chers à Christian Dior, des champs de roses de mai au château de La Colle Noire, son refuge provençal.
- Les codes emblématiques de la maison, comme le nœud rose et le motif pied-de-poule.
Ce découpage en trois actes permet au film de couvrir à la fois l’intime et le monumental. D’un côté, la complicité entre un créateur et sa sœur ; de l’autre, la construction d’une icône culturelle à travers des décennies de campagnes publicitaires.
Remembers et Natalie Portman, une collaboration déjà primée
Le studio Remembers n’en est pas à son premier coup d’éclat. Il est notamment à l’origine d’Arco, un long métrage coproduit par Natalie Portman, égérie de Miss Dior, qui a remporté le Cristal du long métrage au Festival d’Annecy 2025. Cette récompense prestigieuse témoigne du niveau d’exigence artistique du studio.
C’est d’ailleurs cette collaboration sur Arco qui a conduit Natalie Portman à s’associer à cette nouvelle aventure autour de Miss Dior. Elle souligne que donner vie au parfum sous la forme d’un film d’animation est devenu une aventure pleine de beauté et de sens, grâce aux équipes de Remembers.
Pour la maison, ce film représente donc bien plus qu’une campagne publicitaire. Il met en lumière un savoir-faire artisanal rare, porté par des professionnels dont la singularité s’affirme d’autant plus fortement face à la montée en puissance des outils automatisés dans la création visuelle.
Ce que ce film change pour le spectateur
Jamais encore Miss Dior n’avait été le sujet d’un film d’animation. Ce premier passage à l’image animée offre au spectateur une façon inédite d’entrer dans l’histoire du parfum. Car le film ne se contente pas de raconter une fragrance : il retrace une géographie affective, des champs de Provence aux ateliers parisiens.
Les lucioles, les fleurs baignées de lumière et les codes visuels de la maison traversent le film comme autant de repères sensoriels. Chaque détail peint à la main porte en lui la trace d’un geste humain, ce qui confère à l’ensemble une qualité d’émotion difficile à obtenir par d’autres moyens. Ce film, écrit, réalisé et produit par Ugo Bienvenu, élève ainsi l’animation artisanale au rang d’art à part entière.




