Se perdre dans un magasin n’est pas un désagrément ordinaire : chez la Maison Hermès au 166 New Bond Street à Londres, c’est une expérience pensée, voulue, et même organisée. Chaque soir, une ronde est prévue pour récupérer les clients égarés dans ce dédale avant la fermeture. Voilà qui résume l’ambition de cette adresse hors norme, inaugurée le 16 juin, soit le 16.6, une date choisie avec soin.
Un chantier colossal au cœur d’un patrimoine architectural exceptionnel
La Maison Hermès avait acquis ce vaste ensemble immobilier il y a une quinzaine d’années, en seulement 48 heures. Pourtant, il fallut patienter longtemps avant de pouvoir entamer les travaux, le temps que le titulaire du bail libère les lieux. Une fois le chantier lancé, les mauvaises surprises s’accumulèrent : fondations fragilisées, charpentes délabrées, contraintes patrimoniales multiples.
Car plusieurs parties des bâtiments bénéficiaient d’une protection au titre du patrimoine. Parmi elles, la façade sur New Bond Street avec ses arches métalliques de sept mètres de hauteur, un escalier d’apparat en pierre, verre et acier, ainsi qu’une verrière, tous deux signés Norman Foster. Des cheminées, des miroirs et des boiseries complétaient la liste des éléments à préserver impérativement.
Au plus fort du chantier, 500 personnes travaillaient simultanément sur le site. Parmi elles, des artisans spécialisés comme ceux de la maison britannique Lincrusta, experte dans un linoléum floqué utilisé pour habiller de larges surfaces murales. Les coups de pioche ont aussi réservé de belles surprises : des sols en mosaïque enfouis sous le béton ont été mis au jour, puis soigneusement restaurés.
Denis Montel et l’art de fédérer six bâtiments disparates
L’architecte Denis Montel, à la tête de l’agence RDAI, a relevé un défi de taille : unifier six bâtiments de natures très différentes autour d’un patio central. Cinq d’entre eux arborent des briques de Manchester aux teintes ocre brun, tandis que le sixième présente des briques badigeonnées de peinture blanche à l’anglaise. Ce patio fonctionne désormais comme une place de village, point de convergence de l’ensemble.
Pour le rez-de-chaussée, Montel a conçu un plafond à voûtes qui reprend en projection horizontale les arcades métalliques de la façade. Ce choix subtil crée un effet de perspective accélérée : le visiteur se trouve comme aspiré vers l’intérieur du bâtiment par la seule force de l’architecture. Ce même principe visuel se retrouve discrètement partout dans les espaces, des tapis jamais rectangulaires aux murs traités en mini trompe-l’œil.
La construction du site remonte à 1769. Aujourd’hui, ce sont 2 000 m² de surfaces commerciales qui s’étendent sur cinq étages, tous organisés autour du patio central. Les corridors longent la façade en boucle continue, permettant de circuler jusqu’au toit-terrasse. Des passerelles ajoutées relient les différents espaces, renforçant l’impression d’un labyrinthe habité.
55 pièces, plus de 500 œuvres et une mosaïque inédite
La Maison Hermès accueille ses visiteurs dans 55 pièces, chacune décorée, peinte et meublée dans un style propre. On y déambule de salon en salon, au fil d’une collection de plus de 500 œuvres d’art : des photographies de Martin Parr ou de Lee Miller, des céramiques, des toiles. Chaque espace constitue une découverte à part entière.
- Six bâtiments réunis autour d’un patio central, dont cinq en briques ocre brun et un aux briques blanches.
- 2 000 m² de surfaces commerciales répartis sur cinq étages.
- 55 pièces toutes décorées individuellement.
- Plus de 500 œuvres d’art collectionnées exposées dans les espaces.
- Une mosaïque de rez-de-chaussée en damier, dans une nuance de violine inédite.
La mosaïque du rez-de-chaussée illustre bien cette volonté d’innover jusque dans les détails. Contrairement aux autres adresses de la marque, elle se présente ici en damier, dans une teinte violine jamais utilisée auparavant. Car la règle est claire au sein de cette maison : chacune de ses six Maisons dans le monde doit être unique, sans jamais copier les autres.
L’effet Fenêtre sur cour et l’atmosphère gothique du lieu
En circulant d’étage en étage, le visiteur perçoit une sensation étrange et saisissante. Des silhouettes surgissent dans des encadrements de briques, le patio central révèle des scènes de vie à chaque niveau. Cet effet, que l’on pourrait rapprocher du film Fenêtre sur cour d’Hitchcock, n’est pas le fruit du hasard : il résulte d’une réflexion architecturale précise sur la relation entre les espaces intérieurs et le vide central.
Des codes couleurs ont été pensés pour aider à s’orienter dans ce dédale. Pourtant, la Maison Hermès assume pleinement que certains clients s’y perdront malgré tout. D’où cette ronde quotidienne organisée avant la fermeture. Dans cet ensemble que l’on pourrait qualifier de gothique, chaque détail a été conçu pour que la visite soit vécue comme une première fois, irréductible et mémorable.
De la subtilité des trompe-l’œil aux mosaïques restaurées, du plafond voûté aux passerelles suspendues, la nouvelle adresse londonienne de la Maison Hermès s’impose comme un parcours architectural à part entière, destiné à figurer dans les circuits incontournables de la capitale britannique.




