La Ferme du Mohair : des pâturages pyrénéens à la maille contemporaine, le renouveau d’un fil d’exception
Avant d’être une matière, la laine est une mémoire. Elle garde la trace des saisons, du souffle des montagnes et du geste patient de celles et ceux qui la façonnent. Dans les Pyrénées ariégeoises, cette mémoire porte un nom : le mohair. Une fibre rare, née sur les pentes du Freyche, à La Bastide-de-Sérou, où le temps semble encore s’écouler au rythme du troupeau et des périodes de tonte.
C’est ici qu’en 1987, un agriculteur visionnaire imagine qu’à partir de l’essentiel — une toison — peut naître un vêtement durable, élégant et profondément humain. Près de quarante ans plus tard, La Ferme du Mohair continue de tisser cette conviction, entre héritage rural et création textile contemporaine.
Une maison textile née d’un élevage

La singularité de La Ferme du Mohair tient à son origine. Contrairement à de nombreuses marques, elle ne commence pas par un dessin, mais par un élevage.
À la fin des années 1980, Jean-Luc Charpignon ramène du Canada ses premières chèvres angora. Sur 35 hectares de prairies préservées, au cœur des Pyrénées ariégeoises, il fonde un élevage à taille humaine, guidé par une exigence simple : produire le plus beau mohair possible, dans le respect du vivant.
Très vite, il construit une filière complète, patiente et cohérente, où chaque étape compte. La qualité de la fibre devient indissociable de l’attention portée aux animaux, au rythme des saisons et au paysage qui les entoure.
Quand l’agriculture rencontre la création textile

En 2014, un nouveau chapitre s’ouvre. Nicolas Roux, professionnel du textile passé par plusieurs maisons françaises (Oxbow, Bruno Saint-Hilaire), reprend la marque. Après quinze ans dans l’industrie, il ressent le besoin de renouer avec l’essentiel : la matière, le geste, l’authenticité.
Sa rencontre avec Jean-Luc Charpignon et l’élevage du Freyche scelle une alliance rare entre monde paysan et création textile. Ensemble, ils posent les bases d’un modèle singulier : une maison née d’un troupeau, où chaque pièce porte l’empreinte d’un territoire et d’une histoire.
Le luxe discret de la traçabilité

À l’heure où la transparence devient un luxe, La Ferme du Mohair maîtrise l’intégralité de sa chaîne textile, de la toison à la maille.
La laine est récoltée lors de tontes semestrielles respectueuses du bien-être animal, puis triée et analysée avant d’être filée par une filature italienne experte du mohair. Les fils sont ensuite tricotés dans des ateliers partenaires situés en France, au Portugal et en Italie, choisis pour leur savoir-faire et leur exigence de qualité.
Cette organisation courte garantit une traçabilité totale, une empreinte environnementale maîtrisée et une valorisation équitable de chaque maillon de la filière.
Si le mohair demeure au cœur de l’ADN de la maison, les collections s’enrichissent aujourd’hui d’autres fibres naturelles d’exception — mérinos, alpaga, yack, soie, coton biologique — toujours sélectionnées selon les mêmes critères de durabilité et d’intemporalité.
Une transmission agricole exemplaire

En 2025, l’élevage historique du Freyche change de mains, sans changer d’âme. Antoine Delebarre, formé sur place depuis 2005, reprend officiellement le troupeau, accompagné d’Anaïs. Ensemble, ils incarnent la nouvelle génération de la filière mohair française.
Cette transmission, préparée avec soin, assure la continuité d’un patrimoine agricole vivant et d’une matière première d’exception. Antoine et Anaïs souhaitent moderniser la ferme tout en en préservant l’esprit : développement de pratiques agroforestières, objectif de certification biologique, maintien d’un élevage à taille humaine.
« La qualité de notre mohair est incomparable, fruit de l’attention que l’on porte à notre troupeau », confie Antoine Delebarre.
Une maison textile résolument contemporaine
Cette transition agricole s’accompagne d’un renouveau stylistique. Sous l’impulsion de Nicolas Roux, La Ferme du Mohair affirme aujourd’hui son identité de maison textile française contemporaine.
Les collections dessinent un vestiaire essentiel, inspiré par les paysages pyrénéens : couleurs sourdes, textures naturelles, lignes épurées. Chaque saison, une palette chromatique exclusive est développée avec la filature italienne, en écho à la lumière et aux tonalités de la nature environnante.
La modernisation passe aussi par une présence renforcée en e-commerce et sur les réseaux sociaux, sans jamais rompre le lien direct avec la clientèle historique. La marque séduit désormais une clientèle fidèle — principalement des femmes actives de 40 à 60 ans — sensibles à la qualité, au confort et à l’élégance durable.
« Nous avons voulu affirmer un style plus contemporain sans rien renier de nos racines agricoles et textiles », explique Nicolas Roux.
Des valeurs comme fil conducteur
Depuis près de quarante ans, La Ferme du Mohair construit sa singularité autour de valeurs inchangées :
Respect du vivant, au rythme des saisons
Transmission du savoir-faire, de l’éleveur au créateur
Sincérité et transparence sur l’origine des produits
Ancrage local et rayonnement européen
Créativité responsable, pensée pour durer
Des engagements qui trouvent un écho concret auprès de sa communauté : plus de 18 000 avis clients, une note moyenne de 4,8/5, et une reconnaissance croissante dans l’univers de la mode éthique et durable.
À La Bastide-de-Sérou, la laine continue de raconter une histoire. Celle d’un fil d’exception, tissé entre montagne et modernité, patience et création.



