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La Chine bouscule la Suisse : ces marques de montres chinoises que les collectionneurs s’arrachent déjà

La Chine bouscule la Suisse : ces marques de montres chinoises que les collectionneurs s'arrachent déjà

Pendant longtemps, l’inscription « made in China » était synonyme de produit bon marché et sans durabilité. Cette idée est désormais révolue, et les marques de montres chinoises en sont la preuve la plus convaincante. Des maisons fondées dans les années 1950 côtoient de jeunes créateurs qui remportent les plus grands prix du secteur, attirant ainsi l’attention des collectionneurs du monde entier.

Des maisons historiques qui ont forgé l’identité horlogère chinoise

Avant que les boutiques Rolex et Omega ne s’installent dans toute la Chine, Shanghai était la maison de prestige par excellence. Fondée à la fin des années 1950, elle est devenue un véritable symbole de réussite : Mao Zedong en portait une, et le premier Premier ministre chinois, Zhou Enlai, était célèbre pour son association avec le modèle A623. L’activité a ralenti après les années 1980, mais la marque a préparé son retour à la fin des années 2000, en faisant appel au designer Tommy Li et au créateur de montres suisse Éric Giroud.

De même, Beijing Watch Factory fait partie des trois grandes marques historiques chinoises, aux côtés de Sea-Gull et de Shanghai. À l’origine entreprise d’État, elle a été privatisée en 2004. Depuis, elle s’appuie principalement sur des mouvements Miyota, avec des pièces maison comme son tourbillon « A Stick of Incense ». Ce sont pourtant ses montres de plongée au look entièrement noir qui font son succès, grâce à leur excellent rapport qualité-prix.

Sea-Gull, pour sa part, reste une référence incontournable. Le chronographe 1963 Air Force allie l’esthétique militaire des années 1960 à un cadran merveilleusement épuré. Son aiguille rouge centrée sur l’étoile rouge et ses aiguilles bleu métallisé forment un ensemble qui prouve, selon le collectionneur et pilote Bill Adler, que passé et avenir vont de pair.

CIGA Design et le Grand Prix d’Horlogerie de Genève

En 2021, CIGA Design est devenue la première marque de montres chinoises à remporter le Grand Prix d’Horlogerie de Genève, souvent comparé aux Oscars du secteur. La montre derrière ce succès est la Blue Planet : une Terre miniature en 3D occupe la quasi-totalité du cadran, autour de laquelle une seule aiguille indique les heures et les minutes grâce à un mouvement spécial.

Ce prix a changé le regard du secteur. Ainsi, la Blue Planet II, version plus récente, confirme que ces montres ne rivalisent plus seulement sur le prix. Elles proposent désormais une vision créative forte et une ingéniosité rare.

« L’horlogerie chinoise n’en est pas à ses débuts, mais on a l’impression d’entrer enfin dans une ère où elle s’impose avec le respect qu’elle mérite. », Perri Dash, fondatrice de Super Niche

Atelier Wen illustre parfaitement cette montée en puissance. La marque maîtrise l’art du guilloché avec nuance, en rehaussant ce savoir-faire ancestral de couleurs contemporaines et séduisantes. Selon la journaliste Scarlett Baker, son niveau de finition dépasse largement sa gamme de prix, et chaque pièce présente un vrai point de vue.

  • CIGA Design : première marque chinoise lauréate du Grand Prix d’Horlogerie de Genève en 2021
  • Kiu Tai Yu : premier horloger asiatique à créer un tourbillon et premier Chinois à intégrer l’Académie Horlogère des Créateurs Indépendants
  • Sea-Gull : l’une des trois grandes marques historiques chinoises, avec le chronographe 1963 Air Force comme modèle phare
  • Mineroci : a intégré un remontoir d’égalité dès sa deuxième montre et s’est qualifiée pour les demi-finales du LV Watch Prize
  • Celadon : ses montres portent la gravure « Made in China with Pride » au dos du boîtier, affirmant la fierté de l’artisanat chinois

La nouvelle génération d’horlogers indépendants chinois

Parmi les marques de montres chinoises indépendantes, Behrens se distingue par son design avant-gardiste. TanTan Wang, rédactrice chez Hodinkee, souligne ses collaborations avec des horlogers légendaires comme Vianney Halter et Konstantin Chaykin. Ces partenariats prouvent que Behrens est une marque de premier plan, bien au-delà de son pays d’origine.

Fam Al Hut, basée à Chongqing, incarne cette nouvelle génération. Eric Ku, fondateur de 10 Past Ten et Loupe This, a été tellement séduit par cette montre complexe et innovante qu’il en a été l’un des premiers acheteurs. Cette maison prouve que l’ingéniosité horlogère peut émerger d’une région qui n’est pas réputée pour ce secteur.

De son côté, LYH, fondée par Lin Yong Hua à Shenzhen, suit un parcours singulier. Lin a débuté en 1991, à l’âge de 18 ans, sur une chaîne de production de montres à quartz. Il n’a commencé à créer ses propres modèles qu’en 2016, après 25 ans passés dans le secteur. Ses montres s’inspirent de la nature et d’observations du quotidien, transformées en expressions abstraites.

Mineroci, par ailleurs, conçoit ses mouvements en interne et s’approvisionne presque exclusivement en Chine. Pour sa deuxième montre, la marque a intégré un remontoir d’égalité, ce qu’aucune autre marque n’aurait osé faire à un stade aussi précoce. Elle s’est ainsi qualifiée pour les demi-finales du LV Watch Prize.

Des figures qui réécrivent l’histoire de l’horlogerie

Kiu Tai Yu reste une figure incontournable parmi les passionnés. Il est devenu le premier horloger asiatique à créer un tourbillon et le premier Chinois à intégrer l’Académie Horlogère des Créateurs Indépendants. Son « Mystery Tourbillon » donnait l’impression que le mécanisme rotatif flottait dans les airs. Décédé en 2020, ses pièces atteignent des prix considérables : une HK 2000 s’est vendue chez Sotheby’s pour environ 38 100 euros, et une Millennium chez Phillips pour environ 70 900 euros.

Qian GuoBiao, surnommé « docteur du tourbillon », travaille dans l’horlogerie depuis 2005. Son modèle AB-02 Facing The Sky 2.0, produit à seulement 12 exemplaires, présente un balancier qui semble flotter au-dessus du cadran. Ainsi, selon Norman Seck, expert en horlogerie, cette pièce témoigne de l’émergence de l’horlogerie chinoise indépendante.

Design et identité : ce qui distingue ces maisons

Anicorn attire des collaborateurs comme Jeff Staple, fondateur de Staple et Reed Art Department, non pas parce qu’elle est chinoise, mais parce que ses œuvres sont exceptionnelles. Cette marque buscule les conventions et assume sa différence avec une vision créative bien distincte. Pour Staple, la qualité du design l’emporte toujours sur l’origine géographique.

Celadon, fondée par Benjamin Chee, grave « Made in China with Pride » au dos de chaque boîtier. Cette inscription va à l’encontre de ce que le « Made in China » est venu à représenter aux yeux du grand public, selon Brynn Wallner, fondatrice de Dimepiece. Chaque pièce célèbre ainsi les racines chinoises de l’artisanat.

Neo Kung apporte, quant à lui, une perspective unique : ancien directeur des produits chez Sea-Gull et Shanghai, il a créé l’Orienta, un chronographe à remontage manuel en boîtier platine avec des index en or posés à la main. Le mouvement s’inspire de l’architecture du Venus 175, calibre légendaire lié à l’histoire du chronographe en Chine. De plus, Logan Kuan Rao propose une approche minimaliste, avec des ponts géométriques qui rappellent la table basse d’Isamu Noguchi et des finitions sobres mais soignées.

En définitive, les montres de fabrication chinoise ne cherchent plus à copier les codes suisses. Elles construisent leur propre langage, porté par des horlogers qui maîtrisent leur art et assument leur identité. La scène horlogère indépendante ne s’écrit plus uniquement en Suisse, et ces marques de montres chinoises en sont la démonstration la plus claire en 2026.