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J’ai dîné place de la Madeleine chez Cyril Lignac, dans ces boiseries Majorelle classées où la tourte au caviar se partage encore

FreshMagParis - J'ai dîné place de la Madeleine chez Cyril Lignac, dans ces boiseries Majorelle classées où la tourte au caviar se partage encore

Cyril Lignac n’avait jamais officié dans un cadre aussi chargé d’histoire. Depuis le 28 septembre 2026, il signe la carte du Lucas Carton, place de la Madeleine, et cette rencontre entre un chef très présent dans le quotidien des Français et une maison née en 1860 mérite qu’on s’y attarde vraiment.

Un lieu que l’histoire a sculpté avant Cyril Lignac

Avant même de parler cuisine, le décor s’impose. Les boiseries sculptées que Louis Majorelle a livrées à la fin du XIXe siècle courent sur les murs du rez-de-chaussée.

Ces boiseries classées Monuments historiques comptent parmi les rares chefs-d’œuvre de l’Art nouveau encore en place à Paris. On s’assoit, on lève les yeux, et le temps semble suspendu.

Les appliques de bronze et de cuivre ornées de fleurs encadrent les banquettes d’origine, remises en état mais non transformées. Ce choix de conserver plutôt que de rénover à neuf dit déjà beaucoup sur l’ambition du projet.

La maison a traversé les décennies sous plusieurs noms. D’abord La Taverne de France à ses débuts, puis Lucas après le rachat par Scaliet en 1880, elle prend son nom définitif quand Monsieur Carton y appose le sien entre les deux guerres. Elle décroche trois étoiles Michelin dès 1933.

Des années de sommeil ont suivi. C’est Lapérouse Holding, fondé par Benjamin Patou et Antoine Arnault, associé notamment à Ian et Ségolène Gallienne-Frère, qui a décidé de la réveiller. L’objectif affiché par Benjamin Patou est simple et concret: rendre la maison aux Parisiens.

Ce que Lázaro Rosa-Violán a voulu préserver et ajouter

La restauration du lieu revient à l’architecte d’intérieur Lázaro Rosa-Violán, chargé de conserver l’essentiel sans figer l’espace dans un musée. Il a sélectionné lui-même des meubles d’antiquaire et fait dessiner des abat-jours et de la passementerie spécifiques au lieu.

Des œuvres d’art rassemblées avec la Galerie Kramer complètent l’ensemble. Le bordeaux domine les tissus et les tapis, la lumière varie au fil des heures comme celle d’une bougie, et les veines du bois ressortent à mesure que la soirée avance.

La grande salle du rez-de-chaussée aligne 84 couverts sur 186 au total. Un bar permet d’y dîner aussi.

À l’étage, les salons s’enchaînent dans un esprit plus retiré, avec un espace proposé à ceux qui cherchent une ambiance plus festive. Ce découpage entre salle principale et étage donne à chaque visite une couleur différente selon l’occasion.

Cyril Lignac et le pari de la cuisine bourgeoise allégée

C’est là que le travail de Cyril Lignac prend tout son sens. Le chef assume un répertoire bourgeois revisité, allégé, avec une fantaisie qu’il revendique clairement. Lui-même résume l’enjeu en ces termes: « Toute la difficulté, c’est de poser le curseur entre tradition et modernité. »

Cet équilibre se lit dès les entrées. Une tarte croustillante aux champignons de Paris côtoie un foie gras de canard maison accompagné d’artichaut, de noisette et d’une brioche dorée.

Les langoustines flambées au cédrat de Corse annoncent ensuite la suite. Puis arrive la tourte feuilletée de bœuf au foie gras et au caviar Oscietre, plat le plus généreux de la carte.

  • Tarte croustillante aux champignons de Paris
  • Foie gras de canard maison, artichaut et noisette, brioche dorée
  • Langoustines flambées au cédrat de Corse
  • Tourte feuilletée de bœuf au foie gras et au caviar Oscietre
  • Soufflé au Grand Marnier flambé et millefeuille vanille praliné noix de pécan

Le sucré confirme la double compétence du chef. Le soufflé au Grand Marnier flambé et le millefeuille vanille et praliné noix de pécan rappellent que Cyril Lignac connaît aussi bien la pâtisserie que les plats de service.

La mousse au chocolat grand cru et praliné noisette se partage à table. Ce détail n’est pas anodin: il résume l’esprit d’une carte pensée pour la convivialité, pas pour le cérémonial.

La pavlova framboise et mangue fraîche joue, elle, la légèreté en clôture. Ce choix d’un dessert aérien après des plats riches traduit bien la logique d’allègement que Lignac applique à l’ensemble du menu.

Cyril Lignac au Lucas Carton, une table pour les Parisiens d’aujourd’hui

Le restaurant ouvre chaque soir de la semaine et au déjeuner du lundi au vendredi. Cette amplitude horaire en fait une adresse aussi accessible pour un repas d’affaires que pour un dîner entre amis.

Ce qui frappe au 9 place de la Madeleine, c’est justement cette absence de posture. La maison ne se drape pas dans ses années de gloire pour justifier son retour.

Elle préfère miser sur la qualité concrète de ce qui se passe dans l’assiette et sur la chaleur d’une salle que les boiseries Art nouveau rendent immédiatement chaleureuse. Pour Cyril Lignac, ce cadre classé n’est pas un poids, mais un terrain de jeu qui oblige à la précision.