Hermès a une façon bien à lui d’aborder la parfumerie, loin des senteurs attendues et des formules consensuelles. La maison pousse cette logique encore plus loin avec Ginseng Balboa, dernier né de la collection Hermessence, pensé autour de deux végétaux que la parfumerie n’avait presque jamais osé explorer.
Quand Hermès part chercher ses matières sous la terre
Christine Nagel, directrice de création d’Hermès Parfums, ne choisit pas ses ingrédients au hasard. Elle les cherche sur le terrain, dans les herboristeries et les marchés d’Asie, au fil de voyages réguliers avec son équipe.
C’est ainsi qu’elle s’est retrouvée face au ginseng. Ce rhizome est omniprésent sur tout le continent asiatique, consommé, bu ou intégré à la pharmacopée locale depuis des siècles.
Or, la parfumerie ne l’avait jamais vraiment exploité. Nagel a donc demandé à un fournisseur de développer une extraction naturelle spécifique à partir de cette racine.
Après de nombreux essais, le résultat s’est imposé. L’extrait obtenu dégage à la fois une facette boisée et une amertume délicate, subtile, jamais agressive.
La genèse d’une association végétale inattendue
Observer le réseau racinaire du ginseng a donné à la créatrice une vision précise. Elle y a vu les lignes graphiques du ginkgo biloba, cet arbre aux feuilles en éventail que les anciens nommaient « l’arbre aux cheveux de Vénus ».
Le ginkgo biloba possède deux facettes bien distinctes. La version femelle dégage, lors de la reproduction, une odeur âpre et déstabilisante. La feuille mâle, en revanche, offre une note végétale d’un vert cru que Nagel a voulu capturer.
Aucun extrait commercial de ginkgo biloba n’existe en parfumerie. Nagel a donc reconstitué sa propre version de cette senteur verte et aromatique, construite de toutes pièces.
Par ailleurs, le ginkgo biloba prend en automne des nuances d’or qui ont visiblement nourri l’imaginaire de la création. La dimension visuelle de cet arbre dialogue ainsi avec sa dimension olfactive.
Ce que le flacon Hermès contient réellement
Le parfum frise l’amertume, Nagel le dit elle-même sans détour. Cependant, cette radicalité est adoucie par un travail d’équilibre précis.
La créatrice a fondu le vert cru du ginkgo avec des muscs, du maté et du matcha. Ces matières viennent arrondir les angles sans effacer la personnalité brute du ginseng.
Le résultat s’inscrit pleinement dans l’exercice propre à la collection Hermessence. Chaque opus met en lumière deux ingrédients, les laisse dialoguer, et refuse les concessions faciles au goût du plus grand nombre.
Le flacon rechargeable de 100 ml est disponible dans les magasins Hermès ainsi qu’en parfumeries sélectionnées.
Un parfum déjà testé en Asie avant la France
Avant même de rejoindre les comptoirs français, Ginseng Balboa a été présenté en Asie. La réception y a été forte et enthousiaste, ce qui n’est pas une surprise compte tenu de l’ancrage culturel du ginseng sur ce continent.
Nagel formule l’espoir que cet accueil positif se reproduise en France. Dès lors, la question reste entière pour le public occidental, moins familier de l’amertume végétale comme registre olfactif.
La logique des racines, fil conducteur d’une créatrice chez Hermès
Le choix du thème des racines n’est pas une nouveauté dans le travail de Nagel. Elle compose régulièrement avec des matières qui poussent sous terre, comme la racine d’iris dans Musc Pallida ou la racine de gingembre dans Twilly.
Elle évoque elle-même ce que ces végétaux souterrains lui inspirent. Ils sont mystérieux, poétiques, et ils procurent selon elle quelque chose d’ancrant, presque inconsciemment bénéfique.
Ginseng Balboa prolonge donc une démarche cohérente, construite parfum après parfum autour de matières rares et peu exploitées. Ce n’est pas une rupture dans son travail mais une étape supplémentaire dans une même direction.



