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Galerie Vivienne, Spoturno réveille l’héritage Coty en haute parfumerie

Galerie Vivienne, Spoturno réveille l'héritage Coty en haute parfumerie

Que se passe-t-il quand une arrière-petite-fille décide de renouer avec le nom que son aïeul avait choisi d’effacer ? C’est précisément la question que pose Spoturno, maison de haute parfumerie fondée par Véronique Spoturno, dont la démarche dépasse largement le simple hommage familial.

Un nom retrouvé, une vision pour la parfumerie contemporaine

En 1904, François Spoturno choisit de s’appeler François Coty, en s’inspirant du patronyme maternel « Coti » et en remplaçant le « i » par un « y » pour renforcer la portée internationale du nom. Ce geste fondateur a façonné l’histoire de la parfumerie moderne. Plus d’un siècle plus tard, Véronique Spoturno opère le chemin inverse : elle revient au nom originel, Spoturno, comme un retour à la source de cet élan créateur.

Ce choix n’est pas nostalgique. Il traduit une ambition précise : prolonger l’esprit d’une époque sans en reproduire les formes. La maison s’inscrit ainsi dans un moment où la parfumerie semble chercher à retrouver une certaine lenteur, une cohérence et un rapport au temps long, loin de la multiplication des lancements.

Christopher Sheldrake et la construction d’une parfumerie « rétro-moderne »

Pour donner corps à cette vision, Véronique Spoturno s’est associée à Christopher Sheldrake, parfumeur reconnu pour son travail avec Serge Lutens et Chanel. Ensemble, ils construisent ce que la maison appelle une parfumerie « rétro-moderne », où la mémoire familiale devient une matière vivante plutôt qu’un musée figé.

Véronique Spoturno décrit leur collaboration comme une histoire de rencontres avant tout, fondée sur le plaisir de créer et la liberté de raconter des histoires. C’est cette liberté, dit-elle, qui séduit les clients de la maison. De fait, les créations ne sont pas nombreuses : Spoturno 1921, Barbicaja, Alphée et L’Âme du Phénix composent un catalogue resserré, où chaque fragrance déploie un récit nourri par l’imaginaire familial, ses lieux, ses figures et ses symboles.

Le flacon et les savoir-faire comme prolongement du récit

Chez cette maison, l’objet lui-même participe pleinement du propos. Le flacon, imaginé par Pierre et Jules Dinand et réalisé par Bormioli Luigi, établit un dialogue entre les codes esthétiques des années 1920 et les exigences actuelles de l’objet de luxe. Ce n’est pas un détail : le contenant fait partie intégrante du récit au même titre que le jus.

Pour les éditions d’exception, la maison mobilise un réseau de savoir-faire particulièrement dense. Parmi les artisans et ateliers impliqués figurent Tristan Auer, l’Atelier L’Étoile, Adrian Colin, Meilleur Ouvrier de France, Waltersperger, Dardel Paris et l’Atelier Gohard. Le parfum devient ainsi une oeuvre totale, où chaque composante – du jus à l’écrin – contribue à la cohérence de l’ensemble.

  • Flacon conçu par Pierre et Jules Dinand, réalisé par Bormioli Luigi
  • Éditions d’exception associant Tristan Auer et l’Atelier L’Étoile
  • Adrian Colin, Meilleur Ouvrier de France, parmi les artisans mobilisés
  • Waltersperger, Dardel Paris et Atelier Gohard également impliqués
  • Boutique installée au 54 Galerie Vivienne, à Paris

La transmission comme moteur, de la Galerie Vivienne à la génération suivante

La boutique de la maison occupe le 54 Galerie Vivienne, l’un des passages les plus emblématiques de Paris. Dans ce cadre, les créations prennent la forme de reliques protectrices, autant de points d’ancrage qui donnent à la maison une profondeur qui dépasse le seul territoire olfactif.

Car ce qui distingue vraiment Spoturno dans un marché de la parfumerie de niche devenu très dense, c’est la nature de sa rareté. Là où d’autres maisons font de la rareté un discours, celle-ci travaille une rareté plus substantielle : celle de la transmission. La fille de la fondatrice incarne d’ailleurs aujourd’hui le visage de la maison, portant ce fil d’une génération à l’autre.

En définitive, la démarche de Véronique Spoturno propose une lecture du luxe qui ne repose pas sur l’invention à partir de rien, mais sur la capacité à faire renaître ce qui n’a jamais vraiment disparu. Transformer pour transmettre, plutôt que conserver pour conserver : c’est dans cette tension entre archive et création que la maison trouve sa singularité la plus forte.