L’art du café à emporter raconte quelque chose de plus grand qu’une simple boisson chaude glissée dans un gobelet. Cette pratique venue des États-Unis a traversé l’Atlantique et redéfini le rapport des Parisiens à leur tasse quotidienne.
Quand le gobelet devient un signal de réussite
Certaines images s’impriment durablement dans la mémoire collective. Andie Anderson, journaliste incarnée par Kate Hudson dans Comment se faire larguer en dix leçons, arrive chaque matin dans sa tour de magazine, un café brûlant entre les mains.
Carrie Bradshaw arpente les rues de New York en serrant son Starbucks dans Sex and the City, série phare des années 1990. Ces deux figures façonnent, à l’écran, une représentation précise du succès professionnel féminin.
Andy Sachs, interprétée par Anne Hathaway dans Le Diable s’habille en Prada, pousse la mécanique encore plus loin. Elle traverse Manhattan chaque matin avec plusieurs cafés filtre et un latte au lait écrémé sans mousse, agrémenté d’un extra shot d’espresso, pour les déposer sur le bureau de Miranda Priestly.
Dès lors, le gobelet jetable dépasse sa fonction première. Il devient l’accessoire des femmes actives, le signe visible d’un emploi du temps surchargé et, par conséquent, d’une certaine ambition assumée.
L’art du café à emporter, une invention américaine du XXe siècle
Ce rituel ne naît pas spontanément. Il émerge aux États-Unis dès le milieu du XXe siècle, porté par des transformations profondes des habitudes de travail.
Les travailleurs se déplacent davantage en voiture, et les journées s’accélèrent. Les commerces adaptent alors leur offre à ce nouveau rythme, en proposant des gobelets jetables équipés de leurs premiers couvercles.
C’est 7-Eleven, dans les années 1960, à Long Island, qui propulse le phénomène à grande échelle. Puis Starbucks amplifie le mouvement dès les années 1980, en industrialisant le format et en lui donnant une identité culturelle forte.
À la fin des années 1990, la pratique atteint son apogée à New York. Pourtant, Paris résiste encore plusieurs années avant d’adopter pleinement cette habitude importée.
Paris et sa tradition du café assis, un art de vivre à part entière
Dans la capitale française, la tasse de café obéit à un protocole bien différent. On la déguste assis en terrasse ou appuyé au comptoir d’une brasserie, face à la rue et aux passants.
Prendre le temps n’est pas une contrainte, c’est un rituel. Ce rapport au café reflète un art de vivre français où la pause compte autant que la boisson elle-même.
Cet héritage culturel explique pourquoi le coffee-to-go a mis du temps à convaincre les Parisiens. L’idée de boire en marchant, gobelet en main, contredit une certaine idée de la convivialité à la française.
Le coffee shop parisien, nouvel acteur de l’art du café à emporter
Aujourd’hui, les coffee shops fleurissent dans la capitale à un rythme soutenu. Inspirés de la culture des baristas et des cafés de spécialité, ils rivalisent de créativité pour séduire une nouvelle génération de consommateurs.
Le vocabulaire lui-même s’est transformé. Latte, flat white, cappuccino, cold brew – ces formats diversifiés s’adaptent aux envies et aux saisons, bien loin de l’expresso serré d’autrefois.
Les formats disponibles dans ces établissements méritent d’être distingués par leur profil gustatif et leur format.
- Le latte, doux et allongé, convient aux amateurs de saveurs lactées.
- Le flat white, plus concentré, s’adresse aux connaisseurs de café intense.
- Le cappuccino, mousseux et équilibré, reste un grand classique du comptoir.
- Le cold brew, infusé à froid plusieurs heures, propose une amertume ronde, sans acidité.
Par ailleurs, le gobelet lui-même change de statut. Ce contenant jetable, jadis fonctionnel, s’affirme désormais comme un manifeste de mode de vie à Paris comme à New York.
Rue de Rivoli, quand Vogue France s’empare de l’art du café à emporter
C’est dans ce contexte que Vogue France investit le 242, rue de Rivoli, 75001 Paris, à l’occasion de la Fashion Week d’octobre 2026. Le Vogue Café y ouvre ses portes du 1er au 4 octobre, de 11h à 18h.
On peut y commander une boisson chaude à emporter, ou choisir de s’attarder autour d’une table, dans un espace baigné de l’énergie créative de la mode. Ce lieu éphémère illustre concrètement comment le café nomade s’est intégré à l’identité culturelle et visuelle de la capitale.
Car c’est bien là tout l’enjeu de cette pratique. L’art du café à emporter n’est plus un simple emprunt aux codes américains. Il s’est fondu dans la vie parisienne, en y ajoutant une couche de sens nouveau, portée par le désir de mouvement et par une certaine idée du présent qui file trop vite.




