Dans le IVe arrondissement de Paris, au fond d’une cour arborée gardée par deux angelots de pierre, l’architecte d’intérieur Oscar Lucien Ono a façonné un appartement qui ressemble davantage à une suite de grand hôtel qu’à un simple logement parisien. Ce pied-à-terre de 70 m², niché en rez-de-chaussée dans le Marais, révèle une vision décorative rare, construite sur deux ans de travaux intenses.
Quand Oscar Lucien Ono réinvente l’espace comme une suite de palace
Dès la porte franchie, un air des années 1970 teinté d’Art déco enveloppe le visiteur. Oscar Lucien Ono a repensé la distribution entière de l’appartement en supprimant les cloisons pour ouvrir le salon sur la cuisine et la chambre.
Cette configuration rappelle celle d’une suite hôtelière haut de gamme, où chaque pièce dialogue avec les autres. Le résultat crée une fluidité que peu d’espaces aussi compacts parviennent à offrir.
La cheminée d’époque, jugée trop pastiche, cède la place à une réinterprétation contemporaine. Les poutres apparentes, trop rustiques selon lui, disparaissent sous des coffres soigneusement construits.
Tous les rangements restent dissimulés derrière des parois lisses, ce qui libère visuellement chaque volume. Or, c’est précisément cette discipline du caché qui donne à l’espace son caractère aérien malgré la superficie modeste.
Un appartement habité par les objets chinés et les savoir-faire artisanaux
Chaque objet présent chez l’architecte d’intérieur Oscar Lucien Ono porte une histoire mesurable, vérifiable, souvent étonnante. Une tête de bélier anthropomorphe en pierre, achetée sur une brocante à Montmartre, aurait appartenu à la petite-fille du général de Gaulle.
Un plâtre accroché au mur faisait partie des cadeaux remis aux invités lors de l’inauguration des Folies Bergère. Une toile trouvée dans le Perche, exposée dans la cuisine, évoque l’univers pictural de Velázquez.
Ces pièces ne décorent pas simplement les murs. Elles engagent une conversation silencieuse avec le mobilier que cet architecte conçoit lui-même au sein de son studio, la Maison Numéro 20.
La collaboration avec les artisans d’art constitue un axe central de sa démarche. Ses études d’histoire de l’art l’ont conduit à se concentrer sur les savoir-faire, et cet appartement en porte chaque empreinte.
Des artisans au cœur du projet
L’atelier Ulgador, spécialisé dans la feuille de métal battue, intervient à plusieurs endroits de l’appartement. Ses compositions en métal, évoquant des paysages aux motifs orientalistes, habillent les paravents du salon, le tableau-télé au-dessus de la cheminée et le grand vestiaire intégré dans la cuisine.
La décoratrice Aude Le Tixerant signe quant à elle les motifs au plafond, qui rappellent des touches de piano. Elle laque par ailleurs de nombreuses surfaces dans des nuances de terre cuite et d’opium, chaudes et profondes.
- La table basse-bar signée Willy Rizzo tient le rôle de pièce centrale du salon, autour de laquelle s’articulent les conversations.
- Un fauteuil Platner de chez Knoll et un canapé Hamilton Conte complètent le cercle du salon avec leurs formes des années 1970.
- Un lustre de la manufacture vénitienne Sogni di Cristallo, dont chaque pétale a été posé à la main, surplombe la salle à manger.
- Les chaises de table sont signées Pierre Lottier, designer dont la cliente la plus célèbre fut Ava Gardner.
- Deux œuvres encadrent le salon côté droit, l’une d’Eduardo Chillida, l’autre de Merijn Kavelaars.
L’architecte d’intérieur Oscar Lucien Ono et l’art des alcôves
L’une des idées les plus fortes de cet appartement est le jeu des alcôves. Plutôt qu’un seul grand volume ouvert, l’architecte d’intérieur Oscar Lucien Ono crée des espaces dans l’espace, des boîtes qui s’insèrent les unes dans les autres.
La cuisine et la chambre fonctionnent ainsi comme des volumes autonomes qui s’ouvrent sur le salon central. Chacun crée une perspective différente, un cadre de vie à part entière dans les 70 m².
Le salon lui-même se divise en zones distinctes. La plus spectaculaire est un confident composé de paravents en métal battue et de deux fauteuils encadrant une petite table sur laquelle repose une lampe créée par Oscar Lucien Ono.
Cet espace à part, légèrement retiré, permet de s’isoler pour téléphoner, prendre un café ou échanger discrètement. Il prouve qu’un appartement de taille contenue peut multiplier les atmosphères sans jamais saturer visuellement.
Une identité de créateur ancrée dans de nombreux chantiers de l’architecte d’intérieur Oscar Lucien Ono
Cet appartement du Marais fonctionne comme un laboratoire personnel. Il concentre les mêmes partis pris que ceux que l’architecte d’intérieur déploie dans ses projets professionnels à grande échelle.
À Paris, il signe les hôtels Claridge et Lord Byron, ainsi que le cabaret Paradis Latin. À Düsseldorf, il conçoit le champagne bar du Hyatt Regency.
Des résidences privées à Ibiza et à Madrid témoignent également de sa maîtrise de l’éclectisme. À l’horizon, plusieurs chantiers parisiens avancent, dont un work palace dans un immeuble situé à la pointe du boulevard Saint-Germain et un bar à cocktails à l’hôtel La Bourdonnais, à l’atmosphère inspirée des trains Art déco.
Par ailleurs, une adresse à Cannes doit prochainement retrouver une nouvelle vie sous son impulsion. C’est en 2026, année de sa participation remarquée au Salone del Mobile de Milan avec l’installation intitulée Aurea, que cet ensemble de projets prend tout son sens.
La salle d’eau, tout de marbre noir, illustre cette cohérence entre le personnel et le professionnel. Un plâtre représentant un visage d’homme barbu en émerge, côtoyant les parfums créés pour la Maison Numéro 20. Cet appartement, pensé comme un outil de vie autant que comme une vitrine de savoir-faire, montre que pour Oscar Lucien Ono, habiter et créer ne font qu’un.




