Anne Humbrecht, le goût de la terre sacrée par le Guide Michelin 2026
À Riquewihr, au cœur du vignoble alsacien, certaines trajectoires semblent écrites dans la roche. Celle d’Anne Humbrecht en fait partie. Cheffe sommelière à la Table du Gourmet, elle vient de recevoir le prix de la sommellerie 2026 du Guide Michelin. Une distinction qui consacre plus de trente ans de passion, d’exigence et d’ancrage profond à la terre.
« Depuis 30 ans que je travaille dans la sommellerie, mon ancrage c’est la terre », confie-t-elle quelques minutes après l’annonce. Chez elle, le vin ne se résume pas à un cépage ou à un millésime. Il commence bien avant, dans le sol. « La signature d’un grand vin, c’est une terre, une roche, un paysage. Sans grand paysage, il n’y a pas de grand vin. »
Une Alsace viscérale

L’Alsace, Anne Humbrecht ne la raconte pas : elle la porte. Née dans la vallée de Munster, elle grandit entre élevage, agriculture et vigne. Une enfance sensorielle, presque initiatique. « Chaque trait de mon corps est signé par cette Alsace », dit-elle.
Cette identité forte guide aujourd’hui toute sa philosophie. À la Table du Gourmet, elle a fait un choix radical : repenser entièrement la carte des vins. Ici, pas de classement classique. Les bouteilles se lisent comme une cartographie vivante : d’abord les terroirs, puis les vignerons, et enfin seulement les cépages. Une manière de remettre l’essentiel à sa place.
La vocation comme évidence
Chez Anne Humbrecht, la vocation n’a jamais été une question. « C’était inscrit dans mes gènes », affirme-t-elle. Dès le collège, elle sait qu’elle sera sommelière.

Étudiante, elle investit ses économies dans des bouteilles pour apprendre, comprendre, ressentir. Une curiosité insatiable qui ne la quittera jamais. Sa formation la mène auprès de figures marquantes, comme Paul Brunet, dont elle retient cette phrase devenue un mantra :
« La sommellerie, c’est l’école de la modestie. »
Puis vient la rencontre décisive avec le chef étoilé Bernard Bégat, qui crée un poste sur mesure pour elle. Avec lui, elle découvre les grands vins de Bourgogne, parfois mythiques.
Un souvenir reste gravé : un Montrachet 1980 dégusté au Domaine de la Romanée-Conti. « Mon plus beau souvenir », confie-t-elle.
Riquewihr, le point d’ancrage
En 2011, Anne Humbrecht rejoint la Table du Gourmet, aux côtés du chef Jean-Luc Brendel. L’alchimie est immédiate.
Le chef cultive ses propres légumes dans les jardins du Kobelsberg, plus de 7 500 m² en agriculture biologique. Sa cuisine est végétale, sensible, profondément enracinée dans son territoire. Anne y répond par une sommellerie d’auteur, précise, vivante.
Ensemble, ils construisent une expérience totale, où le vin et la cuisine dialoguent comme une évidence.
Une sommellerie vivante et engagée
Aujourd’hui, Anne Humbrecht gère près de 1 000 références, réparties en deux cartes. Une véritable bibliothèque du vivant.
Elle privilégie des vignerons engagés, respectueux de leur environnement, capables d’exprimer avec sincérité leur terroir. Ce qu’elle recherche ?
« Délicatesse, pureté, minéralité, mais aussi densité, complexité et longueur. »
Toujours en mouvement, elle explore les nouvelles générations, les pratiques biologiques et naturelles, tout en restant fidèle aux grands domaines.
« Je ne sélectionne que des vins d’auteurs. Ils doivent raconter une histoire. »
Le vin comme expérience sensorielle
Plus qu’une sélection, Anne Humbrecht propose une immersion. Une lecture géo-sensorielle du vin, où chaque bouteille devient un récit, une émotion.
Son objectif : faire vivre aux convives une véritable connexion au territoire alsacien. Une expérience totale, où le vin prolonge la cuisine et où chaque accord devient une évidence.
Le prix de la sommellerie 2026 vient saluer bien plus qu’un parcours. Il récompense une vision. Celle d’une sommellerie humble, enracinée, sensible.
Une sommellerie qui ne cherche pas à impressionner, mais à transmettre.
Et chez Anne Humbrecht, cette transmission passe toujours par la terre.
Crédit Photos © Matthieu Cellard



