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« Elle se noie et arrive à nager » : Adèle Exarchopoulos bouleverse dans Garance

« Elle se noie et arrive à nager » : Adèle Exarchopoulos bouleverse dans Garance

Jouer une comédienne qui se noie dans l’alcool tout en vivant une révolution intime : c’est le défi qu’a relevé Adèle Exarchopoulos dans Garance, le nouveau film de Jeanne Herry sorti le 23 septembre. Un rôle exigeant, préparé avec une rigueur rare, qui confirme une fois de plus l’étendue du talent de cette actrice devenue l’une des figures les plus singulières du cinéma français.

Une préparation hors norme pour incarner Garance

Pour ce rôle, Adèle Exarchopoulos ne s’est pas contentée de travailler avec un coach plusieurs fois par semaine. Elle a aussi assisté à des groupes de parole pour femmes souffrant d’addictions, à l’hôpital de Villejuif, près de Paris. Cette immersion a largement dépassé le cadre strictement professionnel. Elle confie que cette expérience l’a nourrie intimement, en lui permettant de mesurer à quel point des personnes aux trajectoires très différentes peuvent être touchées par les mêmes mécanismes : le besoin irrépressible de consommer, les états que cela provoque, la bascule que cela entraîne dans une vie.

Ce que cette préparation lui a surtout appris, c’est que ces femmes ne se réduisent pas à leur addiction. Elles sont mères, sœurs, filles, professionnelles. Ce regard nuancé transparaît dans son interprétation de Garance, une jeune comédienne de plus en plus fragilisée par l’alcool, mais qui traverse en même temps une histoire d’amour et une transformation profonde.

Jeanne Herry, la réalisatrice, avait d’abord tenté de ne pas penser à elle en écrivant le scénario. La découverte de l’homosexualité du personnage, certaines scènes de danse, lui rappelaient trop le film d’Abdellatif Kechiche. Puis l’évidence s’est imposée : le rôle réclamait une athlète du jeu, capable de tenir une scène importante chaque jour de tournage. Herry la compare à la nageuse Laure Manaudou dans ses grandes années, soulignant qu’elle possède à la fois l’abandon total et une technique d’une précision rare, ce qui est, selon elle, une combinaison véritablement exceptionnelle.

Un parcours qui redéfinit la notion de polyvalence

Révélée en 2013 grâce à La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche, film qui lui a valu une Palme d’or partagée avec Léa Seydoux ainsi que le César du meilleur espoir féminin et dix-sept autres prix internationaux, Adèle Exarchopoulos n’a cessé depuis de surprendre par l’amplitude de ses choix. Du drame policier BAC Nord de Cédric Jimenez en 2021 aux comédies absurdes de Quentin Dupieux, en passant par le succès populaire de L’Amour ouf de Gilles Lellouche, qui a réuni 4,9 millions de spectateurs en 2024, elle traverse les genres sans jamais sembler forcée.

Le producteur Hugo Sélignac, qui a collaboré avec elle sur dix films en sept ans, résume cela simplement : elle peut tout jouer. Il attribue cette capacité à sa proximité naturelle avec les gens, à sa curiosité sincère pour les autres, qui lui permet d’habiter des profils très différents en termes de milieu social, de caractère ou d’origine. C’est d’ailleurs lui qui a suggéré son nom pour Mandibules de Quentin Dupieux, alors qu’elle n’avait jamais fait de comédie. Dupieux a été convaincu en trente secondes d’essai, et l’a ensuite dirigée dans deux autres films : Fumer fait tousser et L’Accident de piano.

Ce que ses proches disent d’elle

Celles et ceux qui travaillent avec Adèle Exarchopoulos ou qui la connaissent dans la vie reviennent tous sur les mêmes traits. Léa Seydoux, avec qui elle partage un lien fort depuis La Vie d’Adèle, souligne sa générosité, son intensité dans les rapports humains comme sur le plateau, et le fait qu’elle n’ait jamais cherché à se laisser formater par l’industrie. Les deux actrices sont d’ailleurs apparues au dernier Festival de Cannes en portant chacune un tee-shirt à l’effigie de l’autre.

L’actrice Marina Foïs, amie proche et membre d’une même bande qui réunit aussi Leïla Bekhti, Géraldine Nakache, Jonathan Cohen ou Tahar Rahim, insiste sur une qualité plus rare encore : sa capacité à laisser de la place aux autres, même quand elle porte le premier rôle. Elle reste dans l’écoute, sans ressentir le besoin de se mettre au premier plan. Pour Foïs, c’est directement lié à ses origines, à la façon dont elle a grandi à Clichy puis dans le XVIIIe arrondissement de Paris, dans un milieu modeste, avec une mère infirmière et un père professeur de guitare. Cet ancrage lui permet de ne jamais se laisser absorber par la superficialité du métier.

  • Palme d’or partagée à Cannes en 2013 pour La Vie d’Adèle, avec Léa Seydoux
  • César du meilleur espoir féminin et dix-sept prix internationaux pour ce même film
  • César de la meilleure actrice dans un second rôle pour Je verrai toujours vos visages (2023)
  • 4,9 millions d’entrées pour L’Amour ouf de Gilles Lellouche en 2024
  • Dix films produits avec Hugo Sélignac en sept ans

Adèle Exarchopoulos, icône d’une génération

Au-delà des plateaux, l’actrice entretient une popularité particulièrement forte auprès des jeunes générations. Elle participe à des émissions comme Hot Ones sur Canal+ avec Kyan Khojandi, ou True Story sur Prime Video avec Léna Situations et Bilal Hassani. Son compte Instagram, drôle et glamour sans jamais verser dans l’exhibitionnisme, contribue à ce que Hugo Sélignac appelle son statut d’icône générationnelle.

Pourtant, cette visibilité ne l’empêche pas de prendre des positions claires sur des sujets qui lui tiennent à cœur. Elle dénonce notamment le manque de moyens accordés aux hôpitaux psychiatriques et plaide pour que se faire soigner cesse d’être tabou. Elle estime qu’il est urgent de considérer le soin psychologique comme aussi normal que de prendre un médicament contre la douleur. Par ailleurs, si elle s’est engagée publiquement par le passé pour des causes sociales, elle préfère désormais agir discrètement, estimant que toute prise de parole risque d’être perçue comme une mise en valeur de soi.

Christophe Honoré, qui lui a confié un rôle dans son prochain film Mariage au goût d’orange prévu le 9 décembre, lui trouve à la fois un côté romanesque et irrésistiblement dans la joie du jeu, et une exactitude cruelle dans le vrai. Deux qualités qui, réunies, font d’Adèle Exarchopoulos une actrice à part dans le paysage du cinéma français contemporain.